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Zeni Geva & Steve Albini
Superunit: Maximum Implosion – 2xLPs
Skin Graft records 2026

C’est à l’occasion du Disquaire Day que Skin Graft a publié Superunit: Maximum Implosion, un double-album avec les Japonais de Zeni Geva et le regretté Steve Albini. Ou plus précisément, publié une version vinyle d’un disque sorti uniquement en CD. C’était en 2018 par Cold Spring records. Mais ce disque dans sa pochette gatefold, ses vinyles couleurs et le obi classique de chez Skin Graft a autrement plus de gueule. Encore plus agrémenté d’un beau livret avec plein de photos perso, un comics de Rob Syers et le récit des souvenirs (écrits entre le 24 mai 2024 et 10 décembre 2025) du guitariste de Zeni Geva, Mitsuru Tabata, sur la rencontre du groupe japonais et de l’américain qui s’est transformé en un hommage à Albini suite à la disparition du fameux producteur de Chicago le 7 mai 2024. The Future belongs to analog loyalist.

Zeni Geva et Steve Albini, une longue histoire qui a démarré en 1991. C’était lors du premier voyage de Zeni Geva hors des frontières du Japon, direct le studio d’Albini à Chicago. Pas le célèbre Electrical Audio Recording qui n’existait pas encore mais chez lui, un home studio avec la batterie et les amplis au sous-sol et la salle de console au premier étage près de la cuisine. Si quelqu'un tirait la chasse d'eau, on entendait le bruit de l'eau qui coulait dans les canalisations jusqu'au sous-sol. Il était donc interdit d'aller aux toilettes pendant l'enregistrement des voix. C’est l’album Total Castration qui sortira des tuyaux en 91 sur Public Bath. Zeni Geva en profite pour faire quelques dates aux USA, dont une avec Neurosis et Bastro aussi au Lounge Ax où Albini avait fait lui même les entrées, ce qui n’avait pas manqué d’étonner et impressionner Zeni Geva.
L’année suivante, c’est au tour d’Albini de faire le chemin inverse. En mars 92, Albini débarque à Tokyo. Il enregistre Nai-Ha, le quatrième album du trio japonais, participe avec sa guitare à un morceau (Angel), en profite pour enregistrer d’autres groupes japonais pour une compilation (Bad Sun Rising Volumes 1 and 2) et compose deux nouveaux titres avec Zeni Geva accompagné pour le coup d’un bassiste (Mas-P du groupe japonais Captain Condom) sous le nom de groupe Superunit. Deux inédits qui à l’époque se trouvaient uniquement sur la version vinyle de Nai-Ha sortie en 96 par Skin Graft sous la forme d’un single sided 12’’ supplémentaire. Désormais, plus la peine de chercher cette version qui coûte une blinde. Les six titres de Nai-Ha et les deux de Superunit constituent le premier vinyle de cette réédition.
Le second vinyle est un live au titre bienveillant, All Right, You Little Bastards!. Ce n’est pas un inédit puisque cet enregistrement était sorti en CD uniquement sur Nipp Guitar records en 93. C’est le témoignage audio des trois concerts d’Albini avec Zeni Geva en 92. Le premier a eu lieu le 20 mars 92 à Tokyo avec Corpus Grinders. Le second le 31 mars (après Nai-Ha et Superunit fraîchement enregistrés) toujours à Tokyo avec notamment les Ruins et une performance avec seulement KK Null (le guitariste et chanteur emblématique de Zeni Geva) et Albini (j’aurais été curieux d’entendre ça aussi, il doit sûrement exister un enregistrement, non?) et le dernier le 3 avril à Osaka avec Ufo Or Die. Un live qui fait la part belle aux compos de Total Castration, les deux titres de Superunit, une reprise de Kraftwerk (The Model) que Big Black avait déjà repris, Autobody (le titre d’ouverture de Nai-Ha qui n’était donc pas sorti encore) et Guystick Bodie, un morceau du second album Maximum Money Monster. Pour un maximum de destruction. La toute puissance d’un quatuor à trois guitares qui n’a pas besoin de basse, une batterie, l’organe grondant de KK Null, les cris d’Albini comme sur l’impitoyable Godflesh ou I Hate You s’achevant dans une grande gerbe bruitiste qui rend aveugle.
Sur Nai-Ha, Zeni Geva confirme sa tendance unique pour fondre metal et noise-rock dans une matrice infernale, concurrencer les volcans, alterner éruptions violentes, prolongées, épiques et contre-pied étrange et venimeux comme sur l’introductif Autobody qui partait pour tout détruire. Intercourse (qui a peut-être inspiré le groupe du même nom) est une pure et belle agression qui ne s’apitoie pas sur le sort de ses victimes alors que les deux titres les plus longs, Nai-Ha et son outrageuse répétition finale criant le titre à l’infini et encore plus Terminal Hz, radical et hystériquement noise clôturent un album dont on imagine aisément le plaisir qu’Albini a dû avoir à mettre en boite, à distordre, saturer et lui conférer toute la brutalité et crudité nécessaires.
Quant à Angel, le morceau auquel il participe, il est fortement marqué par son jeu de guitare et une longue intro qui n’aurait pas dépareillé sur un disque de Shellac avec les cris aigus d’Albini dans le fond du mix. C’est le même constat pour Superunit. L’impression d’écouter des compos de Shellac mais avec Eito Noro à la place de Todd Trainer et sans la lourde basse de Bob Weston largement remplacé par le poids, les sifflements de trois guitares et un brin de mélodie dans une des trois guitares qu’on imagine jouée par Albini. Kettle Lake et Painwise, deux raretés qui sont plus que deux curiosités.

La collaboration ne s’arrêtera pas là. Albini a produit par la suite trois albums de Zeni Geva (Desire For Agony, Freedom Bondage et 10000 Light Years), le 7’’ Autofuck sur Skin Graft suivi de nombreuses tournées de Zeni Geva aux USA. Dès la fin 92, la bande de KK Null sillonnait à nouveau les routes US, partageait la scène avec Ed Hall ou Pain Teens, avec Johnboy lors d’une tournée commune en 93 ou Dazzling Killmen. Blake Fleming est même devenu le batteur de luxe de Zeni Geva lors d’une tournée en 96, le groupe japonais n’ayant plus de batteur attitré. Elle est où la machine à remonter le temps ? A moins que ce soit cette réédition, Superunit: Maximum Implosion, qui donne un vieux coup de nostalgie sur cette époque synonyme d’âge d’or du noise-rock (mais qui se porte toujours très bien de nos jours) pour une musique qui n’a cependant pas pris une ride, pourrait faire croire qu’elle date d’aujourd’hui et qui fait acheter un disque dont on possède pourtant déjà tous les originaux.

SKX (20/06/2026)