earthmotherfucker
antigen


Earth Mother Fucker
Do Not Resuscitate – LP
Antigen records 2026

Earth Mother Fucker pourrait aisément passer pour une simple curiosité. Ce groupe anglais existe depuis 1988. N’a réalisé que trois sessions studio durant les quinze années de son activité initiale. Qui ont lamentablement échouées sur deux cassettes que personne n’a jamais vu sauf si tu habitais Ipswich et que tu tombais par hasard sur un de leur concert qu’il donnait tous les 36 du mois. Avec deux autres pauvres Cdrs et un single en 2009, vous avez fait le tour du propriétaire. Personne ne les connaît. Les quatre individus de ce groupe n’ont jamais joué dans d’autres groupes (ou alors ils ne s’en sont pas vantés). Mais c’est quoi ce groupe de branleurs ? Sauf que les branleurs ont maintenant 60 balais.
La découverte de ce groupe improbable a débuté en 2019. Le label Antigen a décidé de s’occuper de leur cas avec une compilation de leurs premiers faits de gloire. En 2022, un CD live d’un concert enregistré en janvier 2020 pour un groupe jouissant d’une féroce réputation sur scène et qui avait arrêté d’exister depuis 2004. C’est d’ailleurs après ce show qui avait été sélectionné par l’Independent Venue Week comme un des neuf meilleurs concerts de l’année 2020 que Earth Mother Fucker s’était vu poussé des ailes, ravivant les velléités du groupe qui, dans un grand moment d’inconscience, avait décidé d’enregistrer dans la foulée son premier album. Il a mis six ans à voir le jour. Un délais normal pour Earth Mother Fucker. Et pas que des nouveaux titres dessus. Faut pas déconner non plus. À bas les cadences infernales.
Mais il est là, Do Not Resuscitate et ce n’est pas qu’une simple curiosité. Un groupe qui a bien fait d’être réanimé pour balancer son rock chargé en bile et en dissonances. Et qui commence par son hymne absolu, I Fuck Therefore I Am. Un morceau qui date de 94, se trouve sur quasi toutes leurs sorties dans des versions plus ou moins différentes dont sur un single que Antigen avait publié en 2009. Le groupe anglais qui comprend des Américains dedans l’a réenregistré encore une fois. Pour que ce titre Stoogien à mort soit encore plus saignant. Guitare slide, chant corrosif de Bruce MacGregor. Je baise donc je suis (il fallait oser, EMF l’a fait). Complètement addictif. Rock était la face B du single. Il est aussi présent sur l’album tout comme Happy Shopper, vieux morceau de leur répertoire qui gifle à merveille avec son accélération punk royale pour conclure. Et punk est un terme qui leur convient bien. Avec des angles d’attaque plus noise-rock ou plus garage crade dissonant ou dans le genre ballade appuyée, névrotique et désabusée avec Crooked Path à la rythmique country, Cobalt Blue Climax et son intro parlée en français par Sophie Baylor ou Row, une reprise de Sealionwoman. Mais punk toujours. Que tu sens sur le cordeau, prêt de l’os, vivant, spontané, bordélique juste ce qu’il faut et après eux le déluge. Une collection de compos acérées traversant le temps sans problème, qui n’ont pas d’âge d’ailleurs et que ça aurait été dommage de ne pas en profiter. Et comme Earth Mother Fucker a désormais une actualité de folie, un split LP avec Pound Land vient de sortir sur Cruel Nature records.

SKX (10/08/2026)