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mangel


Atol Atol Atol
Dron Dron Dron – LP
Red Wig/Mangel records 2025

Dron Dron Dron. Devine qui sonne à la porte ? C’est Atol Atol Atol et son deuxième album sous le bras. Après Koniec Sosu Tysiaca Wysp (cherche pas, c’est du polonais), le groupe de Wroclaw revient mettre du piment dans ta vie de cafard avec du post-punk, du vrai, celui avec un esprit contestataire qui expérimente, innove et ne se contente pas de copier les aînés. Ça ne signifie pas que Atol Atol Atol repart d’une feuille totalement blanche. Les noms de Dog Faced Hermans, The Ex, Badgewearer, Devo, le mouvement no-wave et l’esprit du Rock In Opposition continuent de figurer dans le lexique du groupe polonais. On aurait pu rajouter plus près de nous Nape Neck et Surplus 1980. Après, ce qu’il en fait, l’assemblage, les articulations, les élucubrations, l’allant qu’il insuffle dans des structures déviantes, fantasques, imprévisibles n’appartiennent qu’à eux et ça donne un album une nouvelle fois surprenant, convulsif et ludique.
Atol Atol Atol semble même avoir augmenté la dose de surréalisme sur Dron Dron Dron, une douce folie et une frénésie accrue et qui pique, l’absurdité mise en son dans des structures déglinguées, anarchiques mais qui tiennent debout grâce à un sens inné de l’équilibre. L’art de retomber sur ses pattes alors qu’en fait tout ça n’est qu’une impression générale. Le sentiment que tout est débridé, éclaté voir improvisé alors que c’est extrêmement précis, détaillé, des mécaniques rutilantes et rebondissantes où tout est parfaitement agencé. C’est juste leur logique qui est différente de la tienne.
Ça donne une drôle de carrosserie avec une guitare ne suivant pas le manuel et cinglant l’air comme un fil de barbelé en pleine tempête. Le bassiste s’en donne à cœur joie, constituant avec la batterie une section rythmique hyperactive qui fait autant se trépigner que danser comme un canard boiteux, aussi cassante qu’entraînante. La chanteuse Agata Horwat glisse des bruits de claviers pour encore plus perturber l’ambiance, s’embarquant régulièrement avec le bassiste dans des joutes vocales agissant comme un instrument à part entière, un dialogue très rythmé qui met de la vie comme si cette musique en manquait. Le court instrumental quasi silencieux Gleboki Sen (signifiant Sommeil Profond) répond à l’excitant Pytki Sen (Sommeil Léger). Le fun est en eux. Mais ça grince et la névrose guette. Les vis sont serrées là où on ne les attend pas. Les écrous explosent d’un coup. La mécanique s’emballe, est pris de secousses, tire des bords vers des mélodies tordues, bégaye jusqu’à se répéter outrageusement sur toute la fin des presque sept minutes du morceau éponyme largement inspiré par un titre de Przepych, le groupe (défunt) du bassiste Lukasz Plata et qui s’appelait déjà Dron Dron Dron. De la suite dans les idées entre deux groupes à l’approche musicale assez similaire et Atol Atol Atol peut persister à voguer sur des flots mutants à la bise toujours aussi revigorante.

SKX (16/04/2026)