The Art of Losing
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Foetus
Hole - LP
Self Immolation/Some Bizarre records 1984
Nail - LP
Self Immolation/Some Bizarre records 1985
[publié le 16 juin 2026]



Troisième album de Foetus paru sous le nom complet de Scraping Foetus On The Wheel, Hole a été enregistré une nouvelle fois à Londres, entre mai et octobre 1983 mais cette fois-ci, avec d’autres moyens que pour Deaf et Ache. Grâce à son travail chez Virgin, JG Thirlwell fait la connaissance de Stevo, boss du label Some Bizarre, qui lui donne un accès gratuit et illimité à un studio 24 pistes. Et ça s’entend tout de suite. Surtout plus de quarante plus tard. Enfermé pendant des journées entières dans son studio tel un laborantin fou, Thirlwell expérimente, s’ouvre à de nouvelles perspectives, s’en donne à cœur joie dans le croisement des genres, les greffes de l’impossible et continue de peaufiner une musique toujours aussi inclassable. Trop divertissante et mélodique pour être de la musique industrielle. Trop agressive et provocateur pour la pop qu’il détourne. Trop bizarre pour le rock mais quand même trop rock pour être de la musique électronique malgré ses nombreux samples, synthés et autres triturations sonores. Thirlwell trace sa route avec son humour noir mordant, son désespoir qui ne l’empêche pas de rire de lui même et claque son premier titre marquant qui s’appelle I’ll Meet You In Poland Baby. Samples de sirènes, de discours nazis haineux, bruits de bottes pour évoquer la seconde guerre mondiale pour un résultat saisissant, un sentiment de paranoïa trouvant un drôle d’échos en ces jours où les chemises brunes ressortent sans honte. Sick Man et Cold Day In Hell sont également d’autres points forts de Hole, Foetus arrivant à contrôler sa débauche de sons et de samples dans des structures plus cadrées avec une intensité grandissante et prenante. Hole, un album tour à tour amusant et terrifiant. Sa satire d’Iggy Pop sur Lust For Death, son sample Papa-Oom-Wow-Wow sur Satan Place avec un décalage complet entre le propos et l’ambiance entraînante qui y règne, ses cuivres chaleureux et des rythmiques martiales, son feeling jazzy et des stridences angoissantes, le chaos, la juxtaposition de nombreux samples et le fait que Thirlwell jamais ne perde le fil d’un art qu’il maîtrise de mieux en mieux. Et qu’il est le seul à réaliser.

info : 33 rpm, 1 insert with lyrics. All songs written produced and performed by Scraping Foetus Off The Wheel.








On n’arrête plus Thirlwell. Il enchaîne dès l’année suivante, en 1985 et toujours à Londres et sous le nom de Scraping Foetus On The Wheel avec le quatrième album Nail en cinq ans. Une productivité que Thirlwell expliquait dans une interview en 95 :
Il faut avoir une certaine estime de soi, ce qui me fait cruellement défaut. La satisfaction que je retire de, disons, deux ans et demi de travail… c’est à peine dix minutes de satisfaction, et puis il faut passer à autre chose. J’aimerais pouvoir m’y complaire et la savourer un moment, mais malheureusement, je ne peux pas.
Le 24 pistes est une nouvelle fois de sortie mais également des parties de cordes séquencées sur ordinateur et des percussions jouées en direct. Ce qui débouche sur une étonnante impression, celle d’un album qui respire les années 80 tout en restant un des moins datés de son époque. Traitant de l’oppression sous toutes ses formes, Nail enfonce le clou du talent de Foetus pour se lancer dans des constructions osées et associer des sons improbables, des violons avec une rythmique synthétique, des grincements métalliques et un esprit big-band, des percussions industrielles et morceaux taillés pour servir de bande-son (de films qu’il finira par écrire bien des années plus tard) avec Theme From Pigdom Come qui ouvre Nails et The Overture From Pigdom Come qui le clôt ou le détournement du thème de Mission Impossible pour The Throne Of Agony. Aussi violent, chaotique que sombre avec le très indus Enter The Exterminator sur le génocide et un Thirlwell murmurant de façon inquiétante alors que sur le reste de l’album, il propose une incroyable performance vocale (ce qu’on oublie trop souvent) entre Nick Cave et le Captain Beefheart, Nail reste cependant comme un album plus dur et orienté rock/indus qui cogne et fait trembler, diffusant une impression beaucoup moins divertissante que ces prédécesseurs. Il est considéré (à juste titre) et avec Hole comme un des classiques de la copieuse discographie de Foetus et tous les projets confondus de JG Thirlwell. Un disque ainsi que Hole qui ont été réédités en 95 (par Thirsty Ear) et 2007 mais toujours en CD et jamais en vinyle.


info : 33 rpm. All songs written produced and performed by Scraping Foetus Off The Wheel.