Steel Pole Bath Tub

Deux ados originaires de Bozeman dans le Montana décident en 1986 de créer un groupe. Dale Flattum et Mike Morasky découpent un tas de journaux dans tous les sens, les collent au mur et c'est ainsi qu'ils choisissent leur nom : Steel Pole Bath Tub Sour Boot Voodoo Milk Cult. Pas facile à placer dans une conversation. Ils décident de le réduire. Steel pole bath tub est né. On retrouve dans cette méthode toute leur obsession pour la technique du cut-up rendue célèbre par Burroughs. Technique qu'ils vont reprendre pour le compte de la musique. Savant mélange de samples piqués partout où ils peuvent, banque sonore ambulante de films Z, séries télés kitsch, bruits de la rue qu'ils percutent à leur sens de la mélodie innée, d'un guitariste qui fait ce qu'il veut de ses six cordes et d'une batterie tribale.
Le duo part rapidement s'installer à Seattle, s'adjoint les services du batteur Daren Morey (un ancien du groupe Mr. Epp au sein duquel on retrouve aussi Mark Arm, futur Mudhoney) puis repart se poser durablement à San Francisco.
Pendant toute cette période, le trio sort une démo en 1986 (6 titres que les plus perspicaces trouveront sur le net). Les bases de SPBT sont là mais on est encore loin bien sûr de la véhémence et du futur son unique qu'ils se tailleront plus tard.
Le groupe sort également entre 86 et 89 une autre démo nommé We own drrrills. Cinq titres qui débutent par les neuf minutes de Kung-fu love (morceau qu'ils ressortiront en 1993 pour la compilation Milk for pussy aux cotés des Cows, Babes in toyland etc…). Les seules paroles sont un sample azimuté avec une ligne de basse de Flattum qui commence à prendre du galon. Ces cinq morceaux sont disponibles sur leur site en mp3s.



Butterfly love
, le premier disque de leur riche discographie est publié en 1989 sur Boner records. Le label qui héberge également les Melvins, ce qui leur vaudra à leurs débuts d'être régulièrement et injustement qualifié de Melvins Jr. Strictement rien à voir ! Sur la pochette, l'actrice Maureen Mckormick et tout un tas de collages comme ils en ont le secret, principalement signé par Flattum. A l'intérieur, neuf titres qui décollent. Les guitares fuzzent. La batterie tribale. Les samples s'intègrent. Morasky vomit toutes ses notes. Ca grésille et SPBT enfile ses premières perles (I am sam I am, Hey bo diddley, Welcome aboard it's love) pendant que la fin de la face A reste bloquée sur le sample d'une femme en pleine extase. Jouissif.




En 1989 toujours, SPBT remet le couvercle avec les cinq titres de Lurch. (On retrouve cet EP en version CD avec Butterlfy love). Le trio maîtrise plus que jamais sa fine recette de fin wall of noise, de samples et de compositeurs hors pair. Aucun titre ne se détache. Que du bon. De l'intro de basse phénoménale de Hey you au rythme entraînant et mélodie imparable de Lime-away. SPBT montre également son amour pour la reprise. Exercice de style qu'ils manieront fréquemment en version 45 tours. Là, c'est la célèbre Paranoid de Black Sabbath qui subit leur traitement. Les 2000 premiers exemplaires de ce disque étaient livrés avec un comic book de 36 pages. Un bel objet en noir et blanc, chaque titre étant illustré par un comic, le tout pour proposer une alternative à ce vaste champ de ruine culturel que représente le rock'n'roll, dixit Tom Flynn, le boss de Boner, dans l'édito.

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SPBT enchaîne. Tulip sort en 1990, toujours sur Boner. C'est avec cet album que le groupe attire l'attention d'un plus large public. C'est feu d'artifice à tous les étages. De l'intro Soul cannon qui porte bien son nom au rock'n'rollesque Quark, en passant par Sister entre les deux, One thick second et son solo affolant et second degré, bref, c'est presque toute la face A qui défile en apnée. On tourne le disque. Mercurochrome, faussement lent, samples en pagailles, fracas légitime pour finir. Interlude du bayou avec Wonders of dust puis l'intro inoubliable de The Scarlet. Mélodie et dialogue de toute beauté entre la basse de Flattum et les notes de guitares de Morasky avant qu'un brusque avis de batterie déchire le voile. Morceau poignant, tendu avec un pastiche de Led Zep en plein milieu comme si tout ça était trop sérieux pour leurs jeunes épaules. Rarement groupe n'aura aussi bien utiliser toute une ribambelle de samples et de sons étranges au sein de la bonne vieille formule rock. Un sommet de leur discographie.




Je me souviens qu'à la sortie de The Miracle Of Sound In Motion, c'était une pointe de déception qui dominait. Excepté le tubuesque Train to Miami qui vous emmenait vers des contrées vertigineuses, SPBT semblait rechercher un second souffle dans sa formule. Treize ans plus tard, cet album se révèle finalement aussi plaisant que les autres. Le son et l'arrangement des morceaux sont plus carrés, plus ''propres''. Le groupe maîtrisait sans doute de mieux en mieux sa technique et le studio où ils aimaient passé des heures. Si sur le coup, cette évolution semblait contrariante, ça reste un album bien foutu. On retrouve des morceaux qui valent sacrément le détour comme Bozeman et Borstal que l'on retrouve aussi sur une version EP et une reprise amusante des Pogues, Down all the days.



La même année (1993), Steel Pole Bath Tub participe à la série des Your Live Series du label Allemand Your Choice records. Série de qualité à laquelle ont déjà contribué les Melvins, Neurosis, No Means No pour ne citer qu'eux. Neuf titres enchaînés qui ne font qu'une seule longue plage avec 4 titres de The miracle of sound in motion, 3 titres de Tulip (Scarlet, Sister et Mercurochrome), Slip, tiré de leur futur EP Some Cocktail Suggestions et Arizona Garbage truck, la face B du maxi Bozeman / Borstal. Des morceaux mixés en studio mais restitués tels qu'ils ont été joués. Un bon témoignage de leur réputation scénique qui me rappelle l'unique fois où je les ai vu en concert. C'était en mars 1996 au mythique café-concert des Tontons Flingueurs à Rennes. Soirée organisée par K-Fuel avec également à l'affiche Poster Children et les Allemands de Surrogat. Public éparse mais totalement conquis. Versions improvisées, rallongées. Morasky déchaîné sur ses pédales d'effets. Flattum au sourire greffé sur son visage d'éternel ado et Darren Mor-X molestant ses fûts. De mémoire, deux versions grandioses de leur reprise I dreamed i dream de Sonic Youth et de 3 of cups sur l'album à venir Scars from falling down.



L'année suivante, SPBT nous offre un coup à boire avec les six titres de Some Cocktail Suggestions, toujours sur Boner. Aux manettes, Steve Albini leur taille un son maison. On retrouve toute la patte du groupe mais le son de batterie et la basse sonnent typiquement ''Chicago noise''. Etrange sensation d'un groupe dénaturé qui continue pourtant d'enfiler les perles comme The living end et Speakerphone. Albini est noté comme si il jouait dans le groupe mais c'est une blague de SPBT. Et si on taxe le groupe de l'avoir fait exprès pour vendre plus de disque, c'est raté, c'est celui qui c'est le moins vendu. Pour les saoulards, 16 recettes de cocktails à l'intérieur de la pochette. Mon préféré, le Sidecar.






En 1995, changement de taille dans l'aventure du groupe. SPBT signe sur une major, Slash (une sous-division de Warner ou un truc comme ça) et sort Scars From Falling Down. Fondé par un type qui se consacrait uniquement au jazz, le type a dérivé vers le punk après avoir entendu les Germs ! Première conséquence de cette signature : les samples vont se faire moins présent pour une histoire de copyright. Ca n'empêche le groupe de brouiller le son comme à son habitude par des couches successives de bruits en tout genre. Ils produisent le disque, ne font aucune concession ou si peu, à peine un ou deux titres moins inspirés, des mélodies subtiles un peu plus mises en avant et surtout, nous offrir de grands moments de bravoure comme The conversation, Kansas city, Decline, The 500 club et le phénoménal 3 of cups, ballade déchirante et insondable.





Cet album reste comme le dernier véritable album de SPBT. En 1996, le groupe est prêt à sortir un nouvel opus avec comme lubie, la réinterprétation d'une partie du premier album de The Cars (groupe new-vawe américain à la fin des seventies). Ces bandes-son là, Slash les refuse catégoriquement avec la mention ''inécoutable". Le groupe ne s'en relèvera pas. Ce Unlistenable ressortira en 2002 sur leur propre label Zero to one records. Un album chargé de 17 morceaux avec des reprises de The Cars, un Action Man theme qui surfe, des longueurs, des bidouillages comme sur leur projet annexe Milk Cult, des passages rigolos qu'on croirait écrit pour la bande-son d'un film et des morceaux qu'il aurait fallu gratter du coté de chez Slash pour découvrir les pépites comme Black Eye Fixer. Un album de fin de parcours, que le groupe a sorti sans aucune prétention mais qui nous montre que le groupe aurait toujours sa place de nos jours.

Parallèlement à tous ces albums, Steel Pole Bath Tub, c'est aussi une tonne de 45 et de morceaux éparpillés sur des compilations. Pour la totale, je vous renvoie à leur site. Tout y est détaillé.

Parmi cette pléthore de disque, il faut retenir le double 45 Tragedy Ecstasy Domm And So On sur Genius records en 1995. Un tube immanquable de leur répertoire : l'entêtant Alice (en deux versions, la 1 pour les radios, la 2 pour les névropathes).












Un split avec Unwound (pour six minutes de samples entre western spaghetti et incantations autour du totem) en 1996 sur Honey Bear records et surtout le split avec les Melvins où ils reprennent remarquablement le I Dreamed I Dream de Sonic Youth (sur Boner dès 1989) pendant que la bande à Buzzo reprenne le Sweet young thing ain't sweet no more de Mudhoney. Dès 1991, ils sortent aussi un 45 uniquement de reprises fidèles du Velvet Underground (Venus In Furs/European Son sur Communion records) et le single Arizona Garbage Truck avec la reprise Voodoo Chile de Hendrix en 1990 pour le compte de Sympathy For The Record Industry où Morasky se prend pour Jimi. Pour Man's Ruin records en 95, ils reprennent deux morceaux de Cheap Trick, le pétillant Surrender et Auf Wiedersehen.




Au rayon hommage, ils donnent de leur temps pour une reprise des Dead Kennedys (Chemical Warfare), la même compil où nos Thugs angevins reprenaient superbement le Moon Over Marin. Autre compilations célèbres, les Dope, Gun's And Fucking In The Street de Amphetamine Reptile records avec l'excellent morceau A Washed Out Monkey Star Halo, la série des Jabberjaw, du nom de ce club de Los Angeles qui essayait de sauver ses meubles et un morceau de REM (We Walk) en 1991 pour un tribute DIY pour surprendre votre cochon et la bande à Stipe avec Jawbox, Jawbreaker, Gumball etc….

Une œuvre dense et riche pour un groupe qui sera hélas toujours rester quelque peu dans l'ombre par rapport à d'autre groupes de leur génération avec qui ils ont écumé les salles de concerts comme les Melvins, Unwound, Unsane, Cows et autres géniales fêlés de cette génération noise en or des années 90.

Duh/Tumor Circus/Milk Cult/C.C. Nova/Novex

En dehors de leur principale occupation qu'était Steel Pole Bath Tub, le trio trouvait le temps de participer à d'autres projets.
Duh et l'album Blowhard (Boner, 1991) : avec Flattum, Morasky, le boss de Boner records Tom Flynn (ex bassiste de Star Pimp et Fang) et d'autres invités illustres qui se cachent tous sous des pseudo indéchiffrables (même si on saura plus tard que le type qui fait une blague téléphonique au début du morceau hot day for the icecream man n'est autre que King Buzzo). Si on reconnaît en partie le jeu vrillant de Morasky à la guitare, ce Blowhard reste du lourdingue, redneck sur les bords, politiquement incorrecte, punk-rock second degré, grassouillet et plus qu'amusant que réellement bandant.

Tumor Circus (self-titled, Alternative Tentacles records, 1991), cette fois ci, c'est Steel Pole Bath Tub au grand complet, plus Charles Tolnay (King Snake Roost et Lubricated Goat) et un chanteur un peu connu : Jello Biafra. La voix identifiable entre mille de l'ex-leader des Dead Kennedys sur un fond musical proche de l'univers de SPBT traversé par de bonnes saignées punk-rock pur jus. C'est dense. Les morceaux sont longs (24 minutes rien que pour les morceaux d'ouverture et de clôture), corrosifs, ne décollent jamais vraiment, manquent d'air mais c'est aussi puissant et intense mais trop bordélique. Un album bizarre auquel je n'ai jamais vraiment accroché mais qui vaut quand même le tour d'oreille.


Milk Cult
, la face sombre de Steel Pole Bath Tub. L'amour du sampling poussé à son paroxysme. Un amour de jeunesse cultivé chez Morasky quand il a vécu deux ans au Japon avant les débuts de SPBT, époque où il était semi-pro de skate. Milk Cult, c'est Dave Flattum (alias C.C. Nova), Mike Morasky (The Bumblebee) et Eric Holland (Conko) qui a produit les albums Tulip et enregistré Scars from falling.



Leur premier album Love God (d'après le film Love God de Frank Grow qui élabore les dessins intérieurs et la pochette de ce présent album) sort dès 1993 sur Boner, en pleine période Steel Pole. L'accès gratuit à un studio leur permet de tout tester, de jouer aux expérimentateurs fous et d'accoucher d'une musique que l'on peut rapprocher des travaux de Thirwell avec Steroid Maximus. De la rythmique chauffante des 10 minutes du morceau Love God perclus de samples pervers à la poulie qui a désespérément besoin de graisse sur le mal nommé Relax and sleep pour s'achever sur 38 minutes d'un Clown party qui ne fait rire personne. Le bibendum de la pochette est avenant mais pour difficile d'accès aux premiers abords, cet album n'en reste pas moins intéressant.




En 1995, Milk Cult poursuit sa quête sonore avec Burn or Bury (Basura records). Mike ''je fait que d'la daube mais tout le monde m'adore'' Patton prête ses organes vocaux sur le premier morceau Psychoanalytwist et tout un tas d'invités se succèdent. Les deux gratteux et le bassiste de Neurosis sur Bow Kiness Static, leurs voix qui hérissent le poil, la rythmique qui pulse pour un morceau vraiment réussi. On retrouve également Carla Bozulich, Bill Gould le bassiste de Faith No More, etc… Un album globalement plus accessible, plus groove, danse syncopée ou franchement ratée (Big king frog), de faux airs de Pain Teens sur Hello Kitty, quelques cuivres échappées d'un convoi funèbre, un furieux Rabbit in the hole presque rap. Toujours riche de samples, l'album n'en fait pas moins la part belle également aux instruments, aux vrais, qui sonnent et qui résonnent. A écouter et réécouter tellement ça fourmille de trucs là-dedans.

En 1996, Milk Cult sort Bruce Lee Marvin Gaye sur ZK records. Un label japonais pour un disque sorti confidentiellement que seuls les kamikazes auront eu la chance (ou pas) d'entendre…










En 2000, Morasky, marié à une Marseillaise, profite de son séjour dans le sud pour s'octroyer une subvention de l'état français et se lance avec son acolyte habituel, Dave Flattum, dans un projet ambitieux : Project M13 (M comme Marseille et 13 pour les Bouches du Rhone !), album qu'ils sortiront sur leur label Zero to One. Des heures et des heures d'enregistrement. Des chanteurs corses, des chiens qui aboient dans le lointain, des artistes algériens, un train qui passe, un orchestre africain, l'industrie en marche, des rockers sur les docks, tout et n'importe quoi durant le printemps 1997 et que le couple maléfique trafiquera à volonté pendant trois ans. Le résultat est à la mesure de cet enregistrement patchwork. 17 morceaux. Autant d'ambiances différentes. Entre musique industrielle et folk électronique, musique d'ascenseur pour l'échafaud et world music perverse. Qui a dit que l'argent de l'état était jeté par les fenêtres ?

En 1995, Dave Flattum, aka C.C. Nova a sorti son album solo sur Communion records. Un album auto-titré, tellement proche de l'univers de Milk Cult que beaucoup le considère comme un album de Milk Cult. Les rythmes sont ici rampants, voir absents. L'ambiance est lugubre, digne d'Eraserhead. Le Flattum, quand il est seul, broie du noir. Un disque étrange pour des ambiances dérangeantes, mystérieuses et assez attirantes, il faut bien avouer. Aspiré par le trou noir.





Enfin, pour finir dans cette copieuse discographie annexe, Novex. Toujours 2/3 de Steel Pole Bath Tub mais Morasky a laissé sa place au batteur Darren Mor-X. L'album Kleptophonica a été sorti par Zero To One en 2002. Un autre dérivatif à Milk Cult mais dans la version apaisée. Le duo détourne des chansons célèbres (Beattles, Robin Hitchcock, Apples in stereo, des trucs de rap) et les passe dans leurs moulinettes habituelles, manipulent les bandes sans chercher à heurter l'auditeur. Poussif.




Des rumeurs de reformation de Steel Pole Bath Tub ont circulé ses dernières années. Seul une reformation éphémère le 16 novembre 2002 a vu le jour pour le festival Beyond the pale. Un festival initié par la troupe de Neurosis qui avait vu également la reformation de Savage Republic ce même week-end. Un concert de SPBT unanimement apprécié, selon des commentaires sur le web. Veinards. En attendant, Morasky se consacre aux musiques de films (il est crédité sur Matrix et The lords of the rings) et musiques de jeux vidéos. Pour les deux autres, on les imagine hantant les studios à triturer des bandes, encore et encore. Ou alors ils sont partis à la pêche.

SKX (11/12/2006)
www.steelpolebathtub.com
www.0to1.net

Discographie (suite) ::

We Own Drrrills - demo
1988 ?











Bozeman/ Borstal
Arizona Garbage Truck
- CDEP
Boner Records 1992