theshits
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The Shits
Diet Of Worms – LP
Rocket records 2026

La merde, c’est toujours la merde. Il faut se préparer à l’accepter, quelle qu'elle soit. Au pire, ça viendra combler le vide. Et The Shits en a un paquet à déverser. Diet Of Worms est le troisième album du groupe anglais et ça pue toujours le scum rock à trois kilomètres à la ronde dans le sillage nauséabond de Kilslug et Brainbombs que The Shits transforme dans son usine à déchets en une matière plus dense et percutante.
You’re A Mess
était le nom du précédent étron et si ça te met une nouvelle fois dans un sale état, Diet Of Worms est encore plus consistant et puissant. Les vers sortent par les trous de nez devant tel impact. Le sextet dont les origines se situent à Leeds a peaufiné son attirail à trois guitares, aiguisé les riffs, sorti ses plus beaux larsens et éjecte des perles noires et luisantes. Des guitares ne jouant pas toujours le même mono-riff répété jusqu’à ce que la bave coule. The Shits étoffe son bouquet électrique, tiraille, cisaille, étire les cordes dans tous les sens, se lance dans le solo nihiliste, sort ses plus belles pédales wah-wah et ne parlez pas de psychédélisme à l’instar du morceau Tarrare, du nom d’un personnage français époque fin XVIIIème dont on a du mal à croire qu’il a réellement existé mais collant bien à l’univers de The Shits. Le psychédélisme version The Shits ne révèle que les pires tourments de l’âme humaine. Le nez dedans, The Shits te le met avec joie. Et ce ne sont pas les paroles aussi grotesques que dégoûtantes ou désabusées d’un chanteur qui méprise autant son prochain qu’il se déteste qui dira le contraire.
In A Hell ouvre ainsi magnifiquement les hostilités. Sept minutes dont la boule de nerf et la chape d’intensité ne fait que grossir, l’art de répéter un rythme jusqu’au saignement de pif avec des guitares finissant par chaleureusement te bouffer, étouffer, vriller. Et dans scum rock, il ne faut surtout pas négliger le mot rock. The Shits en a remis une couche, se fait encore plus mordant et efficace dans toute sa laideur, presque entraînant parfois comme sur le titre trop gentil pour être honnête, Thank You For Being A Friend. Parce que The Shits n’est pas un truc aussi brutal et dégueulasse qu’il voudrait faire croire. Dans le fond du décor, un surplus de détails dans la construction des morceaux, des émanations d’une réalité plus triste et poignante, un désespoir latent sous la lave des guitares, une petite musique lancinante qui rendent des compos plus dramatiques que primaires comme Three O’Clock In The Morning ou Joyless Satisfaction dont les titres en disent plus que de longs discours. Et ce n’est pas cette pochette de Harley Roberts qui ne semblait pas à priori correspondre aux odeurs qu’on se faisait de The Shits qui me contredira. The Shits brûle de l’intérieur et c’est de plus en plus incroyable.

SKX (04/05/2026)