sinks
korobushka


Sinks
Ageing & June – LP
Korobushka records 2026

Sinks, c’est l’histoire d’un groupe tchèque qui n’aura jamais la reconnaissance et le succès qu’il mérite parce qu’il ne vient pas des bons pays qui donnent automatiquement des points d’avance dès la naissance. Déjà deux albums à l’actif du trio de Brno, plusieurs Eps n’existant que dans le monde virtuel mais là, avec Ageing, Sinks passe un palier supérieur, celui qui aurait facilement permis à n’importe quel groupe anglo-saxon d’être sur toutes les lèvres.
Ce nouvel album est en fait une nouveauté et une compilation. Les quatre titres de Ageing sont sortis sur leur site en novembre 2025. Face B, les cinq titres de June avaient été uniquement publiés numériquement en septembre 2019. Korobushka records a tout réalisé sur un vinyle en 2026 (dont il existe une version avec un single bonus comprenant un morceau de Sinks en duo avec Nichi Mlebom).
Sinks, dont la base de travail pourrait se rapprocher de Ditz ou Gláss (encore un groupe qui n’a pas la reconnaissance qu’il mérite, pourtant ils sont américains, comme quoi, théorie foireuse) manipule noise-rock et autres sources de dissonances rock à des fins libératrices ou comment à partir de la tension et de la colère il est possible de faire naître lumière et béatitude. Les quatre titres de Ageing sont des forces de la nature. Attirantes et déchaînées. Tendues, répétitives jusqu’à l’aliénation (A New Day In Hell), mélodiques, atonales, explosives, obsédantes comme l’énorme et tempétueux Happiness qui fournit du bonheur pour toute l’année. Sinks multiplie les accroches avec un brio déconcertant, une fraîcheur confondante avec une pointe de mélancolie sur la mélodie du titre éponyme et ses sublimes guitares alors que les six minutes de Distorsion, Let’s Grow Old Together immanquablement rappelle un autre morceau ou groupe mais impossible de mettre un nom dessus, ce qui n’enlève strictement rien à sa qualité et son air de classique instantané. Rien que pour cette face A, ce disque est incontournable.
Allons voir de l’autre coté du vinyle. Retour aux débuts du groupe avec June. Qui montrait que Sinks aimait explorer toutes les facettes du mouvement noise. Sa noirceur, son angularité, son spleen, sa subtilité, sa retenue, sa vivacité et de grosses baffes pour remettre les idées en place. Le trio avait déjà toutes les cartes en main, cette évidence à écrire des compos qui interpellent, onduler entre différents courants et construire le commencement d’une histoire qui n’a fait que s’améliorer au fil du temps. Jusqu’à cette face A qui n’est pas l’apothéose de Sinks mais la continuité d’un futur qu’on espère encore plus radieux.

SKX (09/03/2026)