pygmylush
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Pygmy Lush
Totem – LP
Persistent Vision records 2025

Pygmy Lush n’était pas un groupe prévu d’être chroniqué un jour dans cette gazette internet. Un groupe suivi plus de loin que de près depuis ses débuts remontant à 2007. Des anciens Pg.99, Malady, Mannequin ou encore Haram qui avaient quitté la sphère purement noise-hardcore de leur jeunesse pour s’inscrire avec Pygmy Lush dans un courant alternatif où courtes charges punk électriques se partageaient le scénario avec des ballades folk et autres élans acoustiques, calmes, atmosphériques qui ont pris progressivement le dessus au fil de leurs trois albums. Et ça tombe bien, c’est la partie punk et électrique qui danse très majoritairement autour de Totem.
Et surtout, un disque qui aurait pu ne jamais être chroniqué parce qu’il a failli ne jamais voir le jour. Enregistré par Kurt Ballou (comme d’habitude pour du Pygmy Lush) en 2016, ce n’est que neuf ans plus tard que Totem sort de terre. Pygmy Lush en état de mort cérébrale pendant près d’une décennie et qui décide finalement de sortir du silence en arpentant à nouveau la scène et de publier cet album abandonné. Qui passe automatiquement du coté des albums adoptés sans sourciller.
L’acoustique mis au placard. La folk devenue maudite. La tempête après le calme. Totem embraye directement avec trois brèves salves éruptives avec guitares tendues et agiles, rythmiques martelantes et chants se croisant entre rage et lignes plus mélodiques. Car on peut revenir à un propos énervé tout en restant civilisé, en articulant et canalisant sa colère dans des morceaux ressemblant à de courts hymnes punks fiévreux et fédérateurs. Changement de tonalité avec Algorithmic Mercy (Prayers Printed Directly Into A Shredder) mais on ne perd rien au change, bien au contraire. Un long titre de près de six minutes fébrilement hypnotique avec la bassiste Erin McCarley prenant les commandes du chant. Une transe qui grossit, se nourrit de choeurs, de guitares électriques finement noisy et abrasives s’échappant en dérapage, d’un rythme répétitif et aliénant, d’une tension qui explose dans un chant fulminant. De toute beauté.
Et si Totem est majoritairement guidé par la fougue de titres punks survoltés mais avec classe tapant en-dessous de la minute comme Band-Aid On A Bullet Wound ou le furieux Post-Punk In The Wrong Hands, Pygmy Lush sait nous rappeler que son ADN est bigarré. Le groupe de Sterling (près de Washington DC) tempère son approche volontaire tout en restant sur le qui-vive avec des compos plus légères et mélodiques, voir mélancoliques pour February Song flirtant avec l’esprit de Black Heart Procession ou le trépidant The Puppeteer et le retour au chant de la bassiste pour un morceau magnifiquement entraînant et enlevé. Quant à Nonsensical Whimper, Totem défie le temps avec treize minutes au compteur. Un très long final qui commence de façon classique avant de s’évanouir (trop) lentement dans des vapeurs doucereuses et oniriques qu’une fin subtilement électrifiée sera tirer de sa torpeur. Totem se dresse fièrement devant vous et c’est une très agréable surprise.

SKX (15/01/2026)