nyos
pelagic


Nyos
Growl – LP
Pelagic records 2025


On ne lâche pas l’affaire avec Nyos. Et Nyos ne lâche pas l’affaire non plus. Growl, septième album en dix ans pour le duo finlandais. Belle productivité. Nyos insiste, envers et contre tous. Leur petite entreprise ne connaît pas la crise, même si elle reste confidentielle, ne décollant pas vraiment. Mais Tuomas Kainulainen (batterie) et Tom Brooke (guitare) s’en tapent royalement. Ils continuent de bricoler dans leur coin des instrumentaux singuliers où math-rock, free-rock, musique électronique, sonorités synthétiques, ambiances expérimentales, mélodies exotiques et noise-rock abrasif qui claque s’entrechoquent dans des constructions mouvantes et surprenantes et aux humeurs changeantes.
Neufs compos qui ne tiennent pas toutes en haleine mais chacune possède sa petite musique intrigante, doucement hypnotique, introspective ou addictive. Les boucles labyrinthiques qui se superposent, les claviers qui se rajoutent, la batterie énergique et débridée avec ses polyrythmies, tout s’imbrique pour créer un univers aussi dense que léger, entraînant et cérébral.
Du titre d’ouverture Get Ready emprunt d’une certaine gravité, sombrement envoûtant et à la mélodie entêtante jusqu’au final Alright, Goodnight trépidant avec son passage hyper speedé pour bande-son de jeu vidéo azimuté, Nyos aura eu le temps de délivrer des mélodies à consonance africaine en les faisant coïncider avec Hella ou Lightning Bolt, d’évoluer sur le fil raide de la tension, s’amuser à répéter les mesures encore et encore, les décaler subtilement, casser subitement le rythme et ajouter des nappes sonores pour amener de la profondeur au propos, parfois tout ça sur un même morceau comme sur les sept minutes concluantes de Lézard Rouge.
Growl n’est pas foncièrement différent des précédents albums de Nyos mais il en fait une belle synthèse, baignant autant dans une douce euphorie teintée de mélancolie passagère qu’une frénésie exacerbée, dosant habilement la technicité et l’émotionnel à parts égales comme on dit joindre l’utile à l’agréable, jouant autant sur le tableau du divertissement et l’insouciance que sur l’aspect plus dur, bruyant et sérieux comme le montre l’enchaînement impeccable de Pepe-Pepe et Lo4. Nyos ne cesse une nouvelle fois d’inventer des combinaisons et mélanger des sonorités en s’abreuvant à de multiples courants musicaux pour engendrer un univers devenant de plus en plus personnel et ne laissant pas insensible à défaut d’être toujours pleinement convaincant.

SKX (23/02/2026)