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legbiter
pelagic


Legbiter/Norna
Split – 10’’
Pelagic records 2026


C’est ce qui s’appelle passer à coté d’un disque dans les grandes largeurs. Pas ce split 10’’ qui vient juste de sortir mais l’album de Norna, le second, un self-titled publié en 2024. Il aura fallu un nouvel album de MPB dont deux membres jouent aussi dans Legbiter pour apprendre la publication de ce split - jusqu’ici tout va bien - et s’apercevoir stupéfait mais c’est quoi ce bordel que Norna avait donné un successeur à son premier album de 2022 qui avait laissé une profonde trace par ici et dont j’attendais impatiemment la suite. Excusez-moi, le trottoir d’en face, il est bien ici ?
Il va donc être autant question de ce beau split noir à lettrage doré que du deuxième album de Norna parce que ce disque (en photo ci-dessous), c’est encore une claque colossale. Alors certes, il faut avoir un goût prononcé pour la noirceur suffocante et vouloir se prendre des blocs de béton balancés du haut d’un immeuble. Mais le bonheur n’est pas donné à tout le monde. Et Norna en distille des tonnes, en mode parpaings cloutés de préférence.
Le trio suédois-suisse avec l’ex-chanteur de Breach et deux membres de Ølten continuent ainsi de creuser l’abîme qu’ils ont magistralement ouvert avec Star Is Way Way Is Eye. Mais pas un abîme pour s’enfoncer et se noyer dans une merde encore plus noire. Un abîme encore plus grand pour planer et méditer au-dessus d’un océan de merde. Cette musique au caractère oppressant possède le don d’être hypnotisante, de vous faire décoller alors que tout s’écroule. Une masse foutrement dense, terrassante d’où se dégage une émotion puissante, confinant au mystique parfois. Une expérience sonore qui vous roule dessus, vous enveloppe, vous enivre. Être enseveli pour respirer différemment.
Et Norna délimite encore mieux son domaine en amenant encore plus de détails et de précision dans son enregistrement que Magnus Lindberg (Cult Of Luna) a produit. Norna n’a pas besoin de basse pour un surplus de lourdeur. Deux guitares, une batterie, quelques samples et la voix immense de Tomas Liljedhal, inhospitalière comme les glaciers suédois mais qui se brise aussi de milliers de fissures sous le poids de l’inconscience humaine. Une musique aussi noire qu’hallucinée débouchant une nouvelle fois sur des morceaux qui gagnent en relief et riffs telluriques saignants, en passages plus introspectifs également à l’instar de Ghost ou For Fear Of Coming sur l’album ou Norna 2, une des trois compos simplement numérotées du split avec Legbiter, six minutes et quelques brûlantes et déchaînées qui dévorent de l’intérieur. Norna 1 et Norna 3 ne sont pas en reste, plus directs et tout aussi impressionnants. C’est encore un sans faute. Neurosis, même le nouveau qui vient de débarquer sans crier gare, peut trembler. Norna est une bête blessée dégageant un sentiment de férocité accrue, une noirceur absolue mais abritant en son sein une grandeur, une tornade viscérale qui transporte bien au-delà de la crasse ambiante en même temps que ça t’inflige une grosse baffe dans les dents.
Il faut souhaiter bon courage à Legbiter pour passer après Norna. Avec deux membres de MPB, Jonas Slove Eriksson (batterie) et Viktor Ahnfelt (chant, guitare), le quatuor suédois s’en tire plutôt bien avec également trois titres. Des gars d’expérience qui n’en sont pas à leur premier groupe, loin s’en faut (Rickard est un des deux Lindblom de Lindblom & Linblom), et évoluant avec Legbiter dans le domaine d’un post-hardcore-noisy que la mélodie n’effraie pas. Worms donne le ton d’entrée de jeu. La mélodie, c’est surtout le chant en mode limpide qui l’assure avec un beau et fin déluge de guitares noisy, une rythmique qui bétonne tout en souplesse et des cassures pour la dynamique et la relance. Les deux compos suivantes taillent également leur chemin dans un post-hardcore bien bâti, sans surprise mais rondement mené. Puissant et aérien. Pour un groupe semblant fait pour occuper les longues soirées d’hiver, qui n’avait rien publié depuis 2018 et dont ce split est la première sortie officielle, c’est un bon début.

SKX (08/04/2026)





s/t LP - Pelagic records 2024 :