neurosis
neurot


Neurosis
An Undying Love For A Burning World – LP
Neurot records 2026

Alors comme ça, Neurosis est revenu. A la surprise générale. Un secret bien gardé de la part d’un groupe que je croyais sincèrement mort et enterré à tout jamais. Neurosis a mis fin à sa collaboration avec le guitariste Scott Kelly fin 2019 quand le groupe originaire de Oakland a appris les violences domestiques que Kelly avait fait subir à sa femme et ses enfants pendant des années. Depuis, Neurosis n’avait plus donné signe de vie. Mais plus de trente années de carrière ne pouvaient pas se terminer sur une sale histoire.
Dix ans après Fires Within Fires, il est à nouveau question de feu et de brûlure avec An Undying Love For A Burning World. Parce que Neurosis a ça en lui, que ça n’a jamais arrêté de couver dans les veines et qu’au dehors l’incendie général menace plus que jamais. Il fallait que ça sorte.
Aaron Turner semblait un choix évident pour remplacer Kelly, lui le fan de Neurosis qui avait fondé son premier groupe Isis en s’inspirant grandement de Neurosis avant de s’émanciper avec Old Man Gloom et prendre définitivement son envol avec Sumac. Scott Evans (Kowloon Walled City) remplace Steve Albini qui avait enregistré les six derniers albums de Neurosis (sauf A Sun That Never Sets et celui avec Jarboe). Les astres semblaient aligner. Et les astres n’ont pas menti. Neurosis s’est remis en ordre de marche. Rien n’arrête la machine Neurosis.
Et c’est un Neurosis comme on l’aime. La bête aussi monstrueuse que blessée, frayant sa route entre riffs dantesques et mélodies aériennes, lourdeur sauvage, rythmiques de plomb et passages atmosphériques et expérimentaux. Pour une balance qui penche tout de même vers le coté rentre dedans, percutant et massif de la bête retrouvant vigueur et brutalité. Le Neurosis qui vous tape dans le bide et ne prend pas de détour malgré la longueur et le développement très évolutif des compos. Toujours une histoire de tension et de relâchement, du lourd, du sale, du sombre et d’incroyables éclaircies, de la beauté surgissant comme par enchantement, un espoir au milieu de toute cette merde noire, un sens de la mélodie dont Neurosis ne perd jamais le sens.
Avec les samples de Noah Landis imprégnant, étoffant, ciselant judicieusement chaque morceau d’un vent porteur comme ce son de cloches qui n’a l’air de rien à la fin de Blind et Aaron Turner qui se fond dans le décor comme s’il avait toujours été là, les huit compos de An Undying Love For A Burning World flambent de leur plus belle inspiration. Hormis sur Fisrt Red Days et son accalmie au mitan du titre avec une intervention plus que douteuse d’une guitare et sa tirade ampoulée extraite d’un mauvais Pink Floyd, Neurosis retrouve le feu sacré, un souffle leur permettant d’écraser et de faire décoller, d’écrire de longues complaintes aussi denses qu’éclatées, primaires et poignantes. Un groupe au savoir unique pour que se confrontent au sein d’un même morceau de longs uppercuts ravageurs et une quiétude magnifique quoique angoissante, une intensité qui va crescendo et une rupture rythmique qui au lieu de couper les pattes ne fait que magnifier le propos comme sur Seething And Scattered, Neurosis ayant toujours le don pour retrouver le fil de compos déliées, surprenantes, travaillées en profondeur mais qui font dire qu’à la fin que tout est normal et totalement en place, qu’il n’y avait pas un plan de trop.
Même dans les dix-sept minutes finales de Last Light, épopée dantesque qui fait déjà suite aux dix minutes magnétiques de In The Waiting Hours. Neurosis régale, construit des trucs dingues qui durent trois plombes mais en paraissent trois fois moins, tiennent en haleine sans problème, échafaude des structures s’imbriquant naturellement et font vibrer à l’instar de la pulsation électronique comme un battement de cœur qui s’emballe pour introduire Last Light. Neurosis retrouve des réflexes d’antan mais continue d’aller de l’avant. Immortel Neurosis.

SKX (01/07/26)