neptune
sleepinggiantglossolalia


Neptune
Play Some Music – LP
Sleeping Giant Glossolalia records 2026

Neptune ressurgit des flots du temps après plus de dix ans de (plus ou moins) silence. Un très limité lathe single en 2024 avait fait trembler quelques tympans bien avertis. Des sorties numériques de vieilles cassettes et autres enregistrements oubliés de tout le monde étaient réapparus. Mais depuis msg rcvd, Jason Sidney Sanford avait surtout fait parler de lui au sein de E avec Thalia Zedek. C’est avec la formation qui a sonné les plus belles heures de Neptune que le trio de Boston revient. En plus de Sanford, Mark William Pearson et le retour de Daniel Paul Boucher qui avait disparu du générique du groupe depuis Gong Lake sont aux affaires. Cela ne peut qu’augurer du meilleur, comme un retour aux sources d’un groupe qui s’est parfois perdu dans les dédales de l’expérimentation.
Pourtant, le titre d’ouverture (#41) inquiète fortement. Quatre minutes d’aridité électronique, triturations de signaux synonyme d’électrocardiogramme en fin de vie, accords et ondulations erratiques, ce n’est pas le Neptune que je préfère. Heureusement, la machine se met en branle dès Enter H. Boucher passe à l’action. Percussions lourde et tribale, réminiscences industrielles largement relayées par le fait que tous les instruments de Neptune sont fabriqués maison à partir de matériaux de récupération, polyrythmies d’un groupe où tout le monde tape sur un objet quelconque et souvent en même temps. Lames de scies amplifiées et autres instruments à percussion amplifiés rappelant le gamelan, xylophone à manivelle de vélo. La décharge du coin recèle de trésors pour Neptune et les guitares-basses à armature métallique et formes originales sont la preuve que le recyclage n’a pas de limite quand on possède l’imagination fertile de Sanford et peut déboucher sur une seconde vie impressionnante.
Neptune play some music, comme si c’était pour passer le temps ou anodin. Mais rien n’est banal chez Neptune. Le trio a toujours sonné de façon atypique, détournant les codes du noise-rock, de l’indus ou de la musique expérimentale et improvisée pour en faire une matière ne ressemblant qu’à Neptune. Play Some Music, un neuvième album trop rock et rythmé pour être vraiment expérimental, trop barré pour les noiseux purs et durs, trop mélodique pour de l’indus d’où se dégage d’ailleurs une certaine poésie avec les sonorités ressemblant au gamelan comme sur le captivant The Oarsmen.
Ce qui est certain par contre, c’est que Neptune a retrouvé de l’allant et de l’intensité (particulièrement évident sur rprii), a remis le mot rock au milieu de son champ expérimental, que les cordes électriques de leurs drôles instruments/sculptures vibrent à nouveau pour fournir un fil conducteur et que le traitement électronique sortant des boîtiers bricolés par leurs soins et validés par aucun électricien certifié n’est pas un vain signal envoyé dans l’espace. Ça rajoute juste de l’étrangeté et de la froideur à une musique qui peut se vanter de ne pas contribuer au réchauffement climatique. Neptune peut taper comme un sourd, faire un bruit de perceuse sur les six minutes de Yesterday’s Face, rameuter toutes les dissonances et larsens possibles, Neptune apparaît toujours détaché, lointain (le chant-parlé qui se fait rare de Sanford n’est pas étranger à cette impression), contourne la violence et dilue l’agressivité alors qu’il possède toutes les armes pour faire un bordel d’acier et de fureur. Play Some Music n’en est que plus beau et intriguant, tout en tension sous-jacente et non-dits. #42 termine l’album comme il avait commencé. Mais entre ces deux chiffres, Neptune signe un retour réussi tout en gardant sa face mystérieuse qui fait tout son charme.

SKX (08/08/2026)