moonpussy
theghostisclear


Moon Pussy
At The Pace Of Outrage – LP
The Ghost Is Clear records 2026

Quatrième album de Moon Pussy, At The Pace Of Outrage n’est pas seulement un disque de grosse colère, c’est l’album de Moon Pussy qu’on attendait, celui qui éclate tout, rend fou et confirme les dispositions déjà élevées du trio de Denver en matière de noise-rock convulsif et incendiaire. Moon Pussy a mis la barre encore plus haute, une vraie poutre dans la tronche, à commencer par la furie du son. Après Death Is Coming qui était très légèrement en-deçà du niveau de nuisances dont on sentait le groupe capable, At The Pace Of Outrage remet l’église au milieu du village.
Dès le suprême morceau d’ouverture Click Bait, le brasier est activé, le mords est entre les dents et la guitare de Ethan A. Hahn possède les bons réglages qui vont faire délicieusement mal. Cet album va être magistralement noise. Des éclats de verre qui fusent dès que les cordes sont frottées, ponçage, récurage, vrillage de conduit auditif avec un son incisif, pénétrant, les chairs sont rouges et la fessée est en marche.
L’enregistrement de Luke Tweedy (qui a joué avec FT (The Shadow Government), évolué dans la sphère de The Stnnng ou mis en boite l’album hélas inconnu de Fetal Pig et une pléthore d’autres disques) permet à Moon Pussy de laisser exploser sa rage en toute sécurité. L’assurance d’un son terriblement abrasif culminant sur le volcanique Traffick. C’est dense, écorchant mais ça claque. La section rythmique se fraie sans problème un chemin à travers les ronces et ce jeu tout en échardes pas catholiques. La basse de Crissy Cuellar et la batterie de Cory Hager avancent autant en souplesse qu’en éradiquant toutes les têtes qui oseraient dépasser d’un champ de tir où tous les coups sont permis. Et le chant de Cuellar apporte le vernis final comme un bon coulis de miel avec aiguilles crochues incorporées. La première bouchée est tendre. La seconde sensation surprend.
L’indignation est à son comble et At The Pace Of Outrage met un point d’honneur à passer en revue toutes les tendances qui sommeillent dans les affres du noise-rock. L’art de la tension, le fielleux, le rampant, les uppercuts, la scie circulaire qui coupe net, la blitzkrieg, le mid-tempo lourd et vénéneux, les répétitions qui emmènent au bord du ravin, les feintes de frappes et les gencives qui saignent parce que Moon Pussy n’est pas du genre à faire mine de s’énerver non plus. Tout ce beau fumet dans onze compos à la construction élaborée avec force et justesse et dont le seul défaut est qu’à un moment donné, ça s’arrête. Le meilleur album de Moon Pussy à ce jour et une très belle pièce placée sur l’abondant échiquier du noise-rock.

SKX (18/06/2026)