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Midlife
3MM57 – LP
Coeur Sur Toi/Vox Project/Araki/Bigoût/Day Off records 2026

Présenter Midlife, c’est revenir sur plus d’une décennie de l’histoire underground de Lyon avec trois activistes qui ont déjà usé de nombreuses semelles sur les scènes avec Alabaster qui a vu passé à un moment ou un autre de sa vie tous les membres de Midlife, Geneva, Kiruna, Sofy Major (bien que ce groupe soit plutôt étiqueté Clermont-Ferrand) et sans doute d’autres groupes qui ont eu du mal à sortir de la ville des Lumières qui en laisse plus d’un dans l’ombre ainsi que Bigoût records, label et magasin de disques incontournable à Lyon puisque le bassiste Damien Bedard est également un des deux gérants de l’enseigne.
C’est aussi se replonger dans l’histoire mouvementée du noise/hardcore dont tous ces précédents projets avaient plus ou moins épousé les formes.
Mais ce nouveau groupe ne s’appelle pas Midlife pour rien. Le pavillon en banlieue et la Picasso familiale menacent les révoltes de jeunesse. Et demain il sera trop tard. Alors au mitan de leur vie, les trois Midlife rebranchent les amplis et accouchent de leur premier bébé, 3MM57, et rien ne sera plus comme avant.
En tant que parents responsables, la fougue de la jeunesse a laissé la place à une maturité étrange. Un truc entre deux eaux, un point de bascule entre une colère devenue latente, une sombre humeur, le malaise qui t’assaille et l’intensité qui prend des reflets détournés. Tu la sens l’atmosphère de parking de zone commerciale un dimanche matin ?
Mais sous l’angoisse, Midlife n’a pas baissé les bras. 3 millimètres 57, c’est pas grand, ça l’air de rien mais ça fait du bruit. L’attitude n’est pas frontale. C’est plus insidieux qu’une attaque bassement noise/hardcore mais ça vrille également les cerveaux avec cette guitare de Thomas Dantil et son effet chorus lui donnant des faux airs synthétiques acides. Les dissonances rentrent sous la peau comme sur Options et les mélodies affleurent sur le crépitement des arpèges aiguisés. Le trio a mis de la subtilité dans son approche à l’instar du jeu de batterie inventif de Rémi Dulaurier avec surplus de percussions (le titre de fin Marks, Bees Part II ou le titre éponyme), une rythmique ne cherchant jamais la confrontation et à rentrer dans le lard (bien que parfois frénétique à la fin de PCB ou imposant sur le captivant Circa Thrill), un groove riche et très prenant avec l’aide d’une basse souple qui peut se faire grave et grondante.
Midlife étale des idées noires ne s’en laissant pas conter. Une sobre hypnose régulièrement ébranler par des cassures, toujours à la limite de l’implosion, jouant avec les nerfs et la tension. C’est porté également par un chant proche du parlé, désabusé, traînant, parfois assez mélodique mais on sent que les cris affleurent bien qu’ils ne sortent jamais. Ça donne des compos aussi tendues que désenchantées. La frustration est palpable, le bouillonnement est sous-jacent et les morceaux font peu à peu leur cheminement sur la longueur d’un fil finement déviant pour révéler leur charme grinçant qui en devient personnel. 3MM57, félicitations aux parents, ils peuvent être fiers de leur premier rejeton.

SKX (09/05/2026)