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Ludmilla Spleen
Potlac – CD
Bloody Sound/Artista Anch’io/Brigadisco/Neon Paralleli records 2025

L’internationale underground regorge de groupes œuvrant dans l’anonymat. Ludmilla Spleen publie Potlac, son troisième album. Il est grand temps de s’intéresser au cas de ce duo italien. Filippo Brandi (chant, guitare) et Niki Fabiano Ruggeri (batterie, chant) s’activent depuis au moins neuf ans, date de leur premier album (Acephale) alors que leur deuxième remonte déjà à cinq ans (Gennariello), deux disques qui avaient déjà tout pour plaire.
Potlac poursuit cette quête d’une musique rock et noise aux multiples visages. Loin de Ludmilla Spleen l’idée d’un math-rock qui colle régulièrement comme un cliché aux basques des duos. Le groupe de Bologne connaît le sens du terme rock mais ne se fourvoie jamais dans des enchevêtrements de mesures alambiquées. Sa seule conception de la complexité penche vers un esprit expérimental et une pointe de freeture mais là encore, à dose modérée et à sa manière, c’est à dire toujours au service de compos avec un déroulé narratif qui s’étire et où le travail sur les ambiances est essentiel.
Potlac débute d’ailleurs par son titre le plus long, les neuf minutes de Delenda (qui renvoie aux douze minutes de Bilbao sur Acephale, un grand moment de sport). Ludmilla Spleen a besoin de temps pour s’exprimer. Pour afficher sa puissance et ses coups de batterie qui portent, asséner une transe lourde et sombre ou se faire plus barré et abstrait sur les presque sept minutes de Tedia avec notamment ce chant aigu très surprenant de diva déviante que l’on retrouve en partie sur Feria. Pour frôler le chaos, les changements de rythmes et de tonalités, se faire plus bruitiste avec des bouts de synthés ramenant leurs effets, mettre une belle intensité sauvage et un imposant bordel ou heurter les territoires du post-rock avec le prenant Buio, son chant parlé-sussuré, sa tension sous-jacente et sa petite mélodie envoûtante. Et puis aller droit au but également avec deux belles pépites plus punk, urgentes, spontanées et pas dénuées de mélodies avec l’entêtant Scorie et Latitudine qui rentre magnifiquement dans le lard et qui est le titre noise-rock de Potlac.
Sept morceaux, autant de personnalités différentes, un groupe qui ne se perd jamais en route et une belle découverte ne demandant qu’à sortir de l’ombre.

SKX (16/02/2026)