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Johnboy
Anthology 2xLPs
Southern Lord records 2026
La tentation était trop grande. Alors partant de ladage que
quand on aime, on ne compte pas, cest main basse sur Anthology,
un double-album regroupant toute la discographie des vénérés
Johnboy. Même si tous leurs disques trônent déjà
fièrement sur les étagères. Mais Southern Lord a
bien fait les choses en incluant un beau livret de vingt pages avec des
photos, des flyers et une histoire très peu connue du groupe contée
par Barry Stone, le guitariste-chanteur de Johnboy. Par contre, Southern
Lord na pas pu corrigé à temps une erreur dinversion
des labels centraux sur les vinyles. Quand vous croyez écouter
Pistolswing, vous écoutez en fait Claim Dedications
et inversement donc.
Cela ne serait gâcher notre plaisir découter ce groupe
dAustin (Texas) à la durée de vie très courte
mais qui en deux albums en 93 et 94 sur Trance Syndicate (le label de
King Coffey, Butthole Surfers) avait retourné tout le milieu noise-rock
et même au-delà puisque Bob Mould sétait fortement
entiché de Johnboy.
En plus, Pistolswing, le premier album, a été remastérisé
comme cest de coutume. Quant au second, Claim Dedications,
il a été entièrement remixé par Brad Wood.
La raison est donnée dans le livret. Enregistré à
la base par lincontournable Steve Albini, la session ne sest
pas déroulé comme dans un rêve. Déjà
parce que Johnboy était trop impressionné par cette célébrité
pour pouvoir établir un contact avec lui. En plus, Steve
était difficile à cerner en studio. On ne savait pas s'il
était là uniquement pour le travail ou si, pour lui, on
n'était qu'un groupe de plus. Le groupe garde en tout cas le
souvenir dune expérience pénible et parfois carrément
ardue, surtout pendant le mixage. Nous faisions des suggestions
et il ne nous écoutait pas vraiment. Même si Steve avait
su capturer de superbes sons et performances, nous avions limpression
que lenregistrement ne correspondait pas à ce que nous avions
imaginé.
Pour cette anthologie, Johnboy a donc demandé à leur ami
Brad Wood de soccuper des bandes plus de trente années plus
tard. Brad a réécouté et remixé les morceaux
qui avaient été finalisés et transférés
depuis les bandes originales deux pouces. Comme auparavant, sans effets
supplémentaires ni overdubs, ils sonnent désormais, pour
la première fois à nos oreilles, aussi intenses que nous
lavions initialement imaginé. Je laisse le soin aux puristes
de comparer les deux versions mais ce que je peux dire, cest que
cette nouvelle version de Claim Dedications sur vinyle (je nai
que le CD à lorigine) sonne merveilleusement bien. Et la
boucle est désormais bouclée puisque à lorigine,
cest à Brad Wood que Johnboy avait demandé denregistrer
Claim Dedications mais il nétait pas disponible.
Dans ce livret, on apprend également que Barry et Tony Bice (basse
et chant également) ont commencé par jouer dans un groupe
sous le nom de The Young Suburbanites avec Dave Jones, futur Germbox et
Quitters Club. Que Johnboy a failli sappeler Trencher ou Fusillade
mais que Johnboy avait été choisi parce quil était
plus facile à prononcer, plus direct et un nom très générique
qui correspondait bien à trois gars anonyme de la banlieue (Spring
près de Houston était leur ville dorigine).
Un groupe avec une éthique de travail sans relâche. Des répétitions
deux heures par jour, tous les jours de la semaine pendant environ un
an avant de se produire en concert pour la première fois. Que des
lumières blanches sur scène. T-shirt à $6 (même
pour Jello Biafra). Nous donnions tous nos tickets de boissons
et pendant les tournées, on se nourrissait de pizzas au fromage,
de burritos et de sandwichs végétariens. On avait à
peine plus de vingt ans et on était obsédés par l'idée
d'authenticité et d'éthique. Nous avons vraiment pris à
cur les principes de la culture DIY, qui a précisément
émergé de la culture straight edge à laquelle nous
adhérions pendant notre adolescence.
Pas vraiment lidée quon peut se faire dun groupe
noise-rock texan traînant chez les renégats de Trance Syndicate.
Le deal avec King Coffey sest pourtant fait très facilement.
Une poignée de main dans un café a suffi pour conclure le
deal. J'ai dû lui demander sans détour si ça voulait
dire qu'on était vraiment signés chez eux. Il a répondu
«yeah».
Après de multiples concerts/tournées avec des affiches à
faire baver denvie tous fans de noise-rock qui se respectent (Craw,
Slug , Distorted Pony, Zeni Geva, Faucet, Don Caballero, Codeine, Germbox,
Poster Children et même Cop Shoot Cop au tout début du groupe),
cest un concert au SXSW Trance Showcase qui aurait pu se montrer
décisif pour la suite de la carrière de Johnboy. Un concert
auquel Bob Mould assiste. Eux, les fans de Hüsker Dü mais aussi
ses disques solo et Sugar sont aux anges. Il leur propose une tournée
en Europe en première partie de Sugar et des dates possibles avec
My Bloody Valentine. Mais exténué par les tournées,
le batteur Jason Meade décline. Il voulait plus de stabilités
dans sa vie, fonder une famille. Le groupe se sépare aussitôt.
Avant même la sortie de Claim Dedications. Nous étions
trop idéalistes pour remplacer qui que ce soit dans le groupe.
Nous étions jeunes, idéalistes, sans doute un peu naïfs
mais cette musique témoigne de cette fougue de jeunesse et de notre
engagement envers notre vision et les uns envers les autres.
Après Johnboy, Barry et Tony essayent de monter un autre groupe,
Desafinado, avec Dave Jones, Paul Stautinger (un pote qui a enregistré
le single Calyx et Pistolswing) et Aaron Winslow. Un groupe
dont javais entendu parler mais jamais entendu. Magie dinternet,
Barry Stone a créé son bandcamp et miracle, les quatre titres
jamais enregistrés par Desafinado
y figurent, cest à dire Envy The Big Noises paru en
95 sur un split single avec Windsor For The Derby et trois autres issus
dune cassette démo. Et si Desafinado est très différent
de Johnboy, votre curiosité devrait grandement aller écouter
ça parce que cest vraiment bon.
Et ce nest pas fini. Barry Stone, en plus de mettre des albums de
son autre projet (Porch Swing Orchestra) a posté un concert de
Johnboy. Cétait le 12 mars 94 à Warren dans lOhio.
Ça sappelle Live
For Five parce que cinq personnes seulement ont assisté
à ce concert. Mais Johnboy a joué comme sils étaient
1000. Et cétait ainsi à chaque fois. Un son féroce,
bien plus que sur disque. Un sacré document sonore. Une vraie branlée.
De quoi prolonger largement le plaisir de cette anthologie (sur laquelle
figurent aussi les deux titres en bonus tracks du single Calyx
qui nétaient pas sur les albums) pour un groupe qui ne sétait
pas procuré par hasard après une virée à Louisville
les disques de Bastro (Sing
The Troubled Beast), Bitch
Magnet (Ben Hur) et Slint (Spiderland) pour rien. Vous
rajoutez leur fort intérêt pour Fugazi et tous les groupes
Dischord records. Vous rajoutez Hammerhead et le tout début de
Helmet et vous avez une idée plus ou moins précise de ce
qui se trame chez ce groupe culte dont cette gazette a déjà
causé à maintes reprises ici
et là et dont Anthology
est un magnifique témoignage autant quun moyen de découvrir
ce groupe si ce nétait pas déjà fait. Johnboy
forever.
SKX (21/06/2026)










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