ian
humanworth




Ian
Come On Everybody, Let’s Do Nothing! - LP
Human Worth records 2025

Ian, un prénom jugé démodé en Angleterre pour seul nom de groupe mais cinq personnes le composent. Trois garçons, deux filles et surtout de vieux potes qui se sont côtoyés, croisés, quittés au sein de projets passés pendant les vingt-cinq dernières années et ont décidé, la pandémie aidant, de se retrouver pour monter une nouvelle formation. Le résultat, cinq très longs morceaux ne descendant jamais sous les sept minutes regroupés sous ce titre amusant Come On Everybody, Let’s Do Nothing!
Un nom d’album paradoxal symbolisant idéalement l’ambivalence de Ian. Les riffs puissants des deux guitares contre la délicatesse et les mélodies des cordes du violoncelle de Hannah Asprey (qui avait déjà expérimenté ce contraste au sein de Tyler, groupe d’Exeter dans lequel jouait Craig Murray, un des deux guitaristes de Ian). Les cris de bête affamée de l’autre guitariste également chanteur Ted Reynolds contre des ambiances sombres et introspectives. Une fureur dévastatrice avec des gros riffs distordus et saturés, une basse profonde (Anna Jones), des rythmes souvent lourds et lents mais aussi fortement martelants (Bob D’Mello) contre la mélancolie d’atmosphères élégantes et de sonorités plus douces. Le tout orchestré de main de maître par l’incontournable Wayne Adams. Il fallait bien ça.
Une dualité qui pourrait sonner convenu ou quand opposition entre passages violents/passages calmes croisent le fer. Cependant, dans les pattes de Ian, cela coule de source, c’est fait très simplement, dans des transitions naturelles et le quintet londonien nous embarque sans forcer dans ces longs périples intenses à la puissance émotionnelle certaine. Le violoncelle se marie parfaitement avec les cordes des guitares, apaise ou rembrunit le son, devient l’instrument principal isolé dans un paysage funeste, égrène une mélodie fragile que les guitares viennent soutenir puis dévaster. Le chant de malade prend aux tripes, on aimerait qu’il soit encore plus présent sur ces titres qui ont plus ou moins des tronches d’instrumentaux tant il est saisissant. Les montées de tension n’explosent pas toujours. Le chaos guette. Et quand le big-bang a décidé de s’inviter au bal des désespérés, les enceintes tremblent et nous avec. Mais toujours avec ce souci de beauté et de grandeur et des paroles totalement décalées contrastant avec le sérieux de la musique (Yum yum yum I’m all full up / I’ve eaten all my dinner like a good boy sur Manuel dont le clip est tout aussi déphasé).
Avec des compos colossales et captivantes comme Building Pyramids et Fennel ou les sinueuses et épiques treize minutes finales de Not Erotic/Cop Film (End Credits), ce premier album se joue des clichés et s’impose sans coup férir.

SKX (03/03/2026)