guttersnipe
nightschool




Guttersnipe
Extinction Burst! – LP
Night School records 2026

Si le nom de Guttersnipe vous dit quelque chose, c’est que vous êtes de grands malades. En plus d’avoir une bonne mémoire. Parce que leur album précédent remonte à 2018. Le duo anglais avait bien sorti un split avec Cuntroaches en 2021 mais on avait préféré le passer sous silence pour préserver votre santé mentale. Et parce que sous nos dehors d’homme de la pampa farouche et impitoyable, nous avons aussi besoin de respirer l’air tendre et frais d’une rosée matinale.
Extinction Burst! Retour dans la mine de charbon. Extraction de ce bruit délétère qui sent la grosse crise d’angoisse et la folie furieuse au bout du tunnel. Uroceras Gigas et Tipula Confusa continuent de taper, martyriser, crisser, hurler à la mort, explosant batterie, guitare, synthés et micro de manière effrénée et insensée sans respecter les codes de bonne conduite. Sentiment de panique généralisée, la terreur sous les cris de Uroceras Gigas qui semble revivre ses pires cauchemars (particulièrement saisissant sur Threads Of Radical Unaliveness) et les vomir par saccades. Tout participe à une impression d’hystérie collective, un vortex sonore déferlant de tous les cotés, perçant, strident, halluciné. Une tornade de clous qui transperce de part en part. Ça semble n’avoir ni queue ni tête mais c’est pourtant d’une extrême précision.
Une musique abstraite, les structures volent en éclats, c’est extrêmement convulsif, un torrent noise radical et frénétique avec une batterie dans tous les sens, des guitares par dessus qui couinent se distinguant difficilement des sonorités électroniques napalmant la gueule de l’ensemble et des voix comme des incantations maléfiques.
Et pourtant, Guttersnipe arrive à maintenir une intensité continue, une sensation d’urgence, puissante et percutante. Exigeant et parfois éreintant (on ne vous en voudra pas de ne pas écouter ce disque d’une seule traite et de se contenter uniquement d’un morceau ou deux à la fois, surtout qu’ils sont assez longs), ce deuxième album reste néanmoins fascinant et plus consistant que son prédécesseur. Un disque qui passera pour du grand n’importe quoi pour une grande majorité mais qui est capable de retourner la cervelle car rien n’est gratuit dans ce délire. C’est parfaitement pensé et en place, calculé pour un maximum de dommages et rendre dingue pour un groupe évoluant en totale liberté, à mort les contraintes et les conventions, repoussant tellement les limites qu’il se retrouve relativement seul dans le genre.
Foncer dans le tas avec plus de discernement que cette musique parait, se mettre le nez dans la laideur du monde, purger toutes les frustrations, crier un bon coup jusqu’à la démence et se sentir bien mieux après l’écoute de Extinction Burst! Mais avec un drôle de regard quand même.

SKX (09/09/2026)