baratro
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Baratro
No Comply – LP
Supernatural Cat records 2026

Dave Curran s’est fait connaître en étant pendant de longues années le bassiste d’Unsane dont les mauvaises langues disaient que d’album en album, c’était toujours un peu beaucoup la même chose chez le groupe new-yorkais. Au moins avec Baratro, il ne sera pas possible de taxer le groupe d’immobilisme.
Après le premier mini-album Terms and Conditions et le premier véritable album The Sweet Smell Of Unrest construits sur la base d’un power trio noise-rock puissant et détonant, Dave Curran (basse, chant), Federico Hartridge (guitare) et Luca Antonozzi qui sont maintenant basé à Milan ont enrôlé un nouveau membre, Matteo Bennici. Et il arrive avec un instrument qui n’est pas banal dans un tel contexte de sueurs et de décibels. C’est un violoncelle. Surprenant au début. Un peu déstabilisant même. Le groupe a dû faire de la place pour le violoncelle. Baratro n’est donc plus cette densité écrasante, ce rouleau-compresseur sans pitié et une agression de tous les instants. Les sanglots longs du violoncelle donne une tonalité plus mélancolique. La retenue est souvent de mise. Des espaces s’ouvrent. Les ambiances se diversifient. Une certaine subtilité apparaît (j’aurais jamais cru utiliser ce terme pour Baratro).
Mais ça reste quand même du lourd. Incisif mais de manière moins frontale. Rugueux mais avec des failles à l’intérieur. Il a donc fallu prendre ses marques. Que Baratro vous aide à prendre sans échauffement en introduisant No Comply par les quarante secondes de Dawn qui ne sont que violoncelle et violoncelle. Baratro affiche la couleur. Elle n’a plus cet éclat urgent et radical qui explosait tout sur son passage. Baratro n’a cependant rien perdu de sa force et son pouvoir d’attraction. Les ruines des pochettes restent le lien unissant les deux albums. De dévastation, il est toujours question. Elle est juste plus diluée et détournée. J’irais faire du skate à Gaza. Une pochette rendue possible grâce à Rajab Al Reefi et la Gaza Skate Team qui essayent tant bien que mal d’apporter une lueur d’espoir et de joie aux enfants de Gaza.
Baratro prend ainsi de la personnalité, s’éloigne du terreau d’Unsane même si un ancien de la maison en la personne de Vinnie Signorelli est invité à mettre une seconde batterie sur Not All There. Un autre invité de renom est au générique. L’incontournable Eugene Robinson (Buñuel, Oxbow) y va de son inimitable voix et phrasé sur 120 On 280 avec toujours la même réussite, qu’importe le projet qui lui est soumis.
No Comply
, autant une sourde et massive déflagration qui compte les coups sans en foutre de partout qu’une complainte aiguë et douloureuse concluant de nombreux titres ou comme sur le triste et beau Dusk où le violoncelle prend toute la lumière sur fond de sirènes hurlantes. Un violoncelle qui autrement a réussi son intégration, tour à tour plus discret ou participant à la montée d’adrénaline. C’est joué sans emphase, plus virevoltant sur End Transmissions, ajoutant de l’intensité ou de la gravité, s’installant parfois comme une seconde guitare pour soutenir les riffs tranchants. No Comply parce que Baratro n’obéit à aucune des règles et contraintes qui semblaient lui être fixées dès la naissance. Nouvelle figure pleine de promesses pour Baratro.

SKX (08/07/2026)