badstuff
relapse


Bad Stuff
s/t – LP
Relapse records 2026

Il existe des disques que vous pensez ne pas être pour vous, un son pas taillé pour vos humbles tympans trop timorés avec des signaux envoyés par la pochette (recto et verso) qui ne sont pas les bons. C’est le cas du premier album de Bad Stuff. Et au final, ce disque finit par vous happer et se révèle assez envoûtant.
La présence de deux membres de True Widow avait éveillé la curiosité sur la seule foi d’un lointain souvenir d’un groupe qui n’était pas si mal que ça (mais que c’était pas dingue non plus sauf que depuis, j’ai appris à apprécier sur la longueur, notamment les deux derniers albums Circumambulation et Avvolgere). Et si on retrouve un peu de l’esprit de True Widow chez Bad Stuff avec la présence du guitariste et chanteur DH Phillips et de la bassiste Nicole Estill qui officie à la batterie chez Bad Stuff, le quintet de Dallas propose une palette sonore plus étoffée et surprenante.
Avec également Jackie Dunn Smith (chant, synthé) qui est à l’origine du groupe avec DH Phillips, Laura Hartman Pearl (basse) et Gabriel Spatz (chant, maracas), Bad Stuff s’aventure sur des territoires rockabilly, fricote avec les Cramps ou Gallon Drunk, met une pincée de garage-rock, de slowcore, de surf music au ralenti avec des relents southern gothique et du synthétique bizarre très sombre. Alors tout ça, c’était pas gagné d’avance.
Mais ce mélange dégage une aura mystérieuse, un truc aussi puissant que minimaliste, une musique simple, mélodique, onirique et étrange, mélancolique mais qui claque, un sentiment d’abandon et de désillusion évoquant la chaleur écrasante du sud pour la bande-son d’un roman de Cormac McCarthy (marche aussi si vous pensez à David Lynch mais c’est presque trop évident).
Hormis Nepenthe, seul titre franchement rapide et franchement emballant mais pas représentatif de l’album, la musique du quintet de Dallas traîne son spleen avec classe, une lenteur (toute relative) aussi vénéneuse que lumineuse avec le fil de l’intensité qui n’est jamais loin, prêt à s’enflammer. C’est le cas de Invisible Man ou Human Crush aux rythmes plus appuyés et entraînants alors que Creator prend une coloration plus électronique et expérimentale.
Mais c’est vraiment quand Bad Stuff est guidé par les accords cristallisants de la guitare, par des mélodies douces-amères qu’il devient réellement captivant. La dynamique est brute et simple. L’atmosphère devient organique, trouble et sombre. Le son est immersif, sobrement profond. On s’y sent bien. La batterie économe gifle avec justesse. Le chant grave de Spatz électrise et se marie très bien avec celui plus éthéré et suave de Smith. Et le sublime titre de sortie Work Of Art symbolise à merveille ce que Bad Stuff peut avoir de touchant et de magnétique pour rendre ce disque plus nécessaire qu’il en avait l’air.

SKX (29/09/2026)