abraham
pelagic


Abraham
Idsungwüssä – 2xLPs
Pelagic records 2025

Il est grand temps de se pencher sur le cas de Abraham. Quinze ans que le groupe sort des albums. Idsungwüssä est le cinquième, sans oublier un split LP avec Coilguns avec le titre Chasing Dragons, Chasing Light, une longue pièce de seize minutes alors que le quatrième album Look, Here Comes The Dark! n’était rien de moins qu’un quadruple album ! Abraham aime la matière dense et sombre, la malaxer longuement, l’étirer, la fracturer, la taillader, l’embraser ou la faire plonger dans un bain diaboliquement tourmenté, en faire des structures impressionnantes et il le prouve une nouvelle fois avec le double album d’une heure Idsungwüssä. Étonnant d’être passé à coté de Abraham tant ce groupe pratique une musique retentissante et étourdissante. Alors ça fait des semaines et des semaines que je me rattrape, à remonter le fil de leur copieuse discographie où strictement rien n’est à jeter mais tout à fortement recommander.
Présenté comme le dernier acte d’une trilogie dont le thème est la fin brutale du monde, commencée par Look, Here Comes The Dark! et poursuivi par l’énorme Débris De Mondes Perdus, Idsungwüssä représente ce que Abraham a fait de plus intriqué, foisonnant, désespéré et massif. Abraham vole au-dessus des étiquettes post-metal, post-hardcore, sludge et consort pour tout simplement afficher une profondeur émotionnelle riche et intense largement suffisante pour faire fi de ces vaines catégorisations. Magnus Lindberg (Cult Of Luna) a produit (conjointement avec Abraham), mixé et masterisé Idsungwüssä, ce qui sonne comme un poncif, mais Abraham se débarrasse aisément des stéréotypes en faisant preuve d’une créativité et d’une atmosphère qui lui est propre les démarquant du commun des mortels tournant autour de ces scènes.
Huit compos traversées de multiples déchirements, de blast-beats rageurs alors que tout s’écroule à proximité, d’ambiances oppressantes et tendues, de furieuses montées de pression qui durent et durent encore ou qui claquent, de lumière jaillissant au milieu du chaos alors que tout tirait vers l’explosion, de mélodies se mouvant mystérieusement dans un abysse boueux, de transitions expérimentales et majoritairement synthétiques (En Tüüfus Tümpu) en apothéose magistrale avec les onze minutes de Home. Un disque fourmillant de sonorités avec l’ajout de piano, moog et autres claviers de la part de Kevin Galland (Coilguns), Francmassombre et Edoardo Nigma, de textures servant aussi bien la puissance nihiliste de Abraham que sa finesse mélancolique, jonglant sur de nombreuses facettes pour se montrer tour à tour féroce, ample, ésotérique, mesuré, rampant ou apocalyptique.
Le chant du batteur Dave Schlagmeister devenu le seul à donner de la voix après le départ du chanteur principal avant Débris De Mondes Perdus porte tout le poids du monde, sa souffrance et sa colère, du bout de ses cordes vocales orageuses et éraillées, en anglais, français ou allemand dans une fureur contenue, touche ultime d’une musique exigeante et passionnante dont chaque écoute révèle de nouvelles forces et nuances qu’il faut savoir savourer sur la longueur. Dans ce monde de streaming forcené, c’est pas gagné d’avance. Idsungwüssä ou la fin du monde dans une transe noire, convulsée et habitée.

SKX (05/01/2026)