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silverrocket


E
Living Waters – LP
Silver Rocket records 2024

Living Waters, matière vivante marquant l’évolution de E. Rien n’est jamais figé et au bout du quatrième album plus le mini Any Information, les lignes changent. Ernie Kim, vu sur la dernière tournée européenne du trio de Boston, prend définitivement la place de Gavin McCarthy à la batterie, chante autant que lui et rajoute du saxophone à la panoplie du groupe. Un jeu plus rectiligne et basique pour une rythmique semblant plus mise en avant, ce qui en fait une musique sonnant plus durement et volontaire. Mais c’est un trio qui n’hésite également pas à être encore plus mélodique. Un mélange n’ayant rien de contradictoire. Une approche changeante, des vieux réflexes qu’on ne retrouve plus, des repères qui bougent. Living Waters ne nage cependant pas en eaux troubles.
Qu’importe l’angle d’attaque, E reste dans une dimension supérieure quand il s’agit de composer des morceaux magnétiques à l’atmopshère unique pour un noise-rock qui ne ressemble qu’à eux. L’étiquette noise-rock est d’ailleurs trop étroite pour ce groupe qu’on appelle E. Les deux guitares n’ont jamais sonné aussi grave et noise comme sur le génial Null avec cette étrange et sourde vibration de la batterie qui en fait tout le sel. Thalia Zedek et Jason Sanford se montrent toujours inspirés pour tirer de leurs guitares des mélodies de plus en plus âpres, sombres, tumultueuses et pourtant si lumineuses et s’envolant dans un ciel tourmenté et agité comme jamais. Clarion, (Fully) Remote, Postperfect Conditional, Gain Of Function, le fracturé Ash, c’est du morceau qui vous remue. Même le plus entrainant et élémentaire Jumprope devient vite addictif au fil des écoutes. Seuls les bidouillages/triturations de Deep Swerve peuvent être oubliés.
La démocratie est toujours de mise chez E. Tout le monde compose, tout le monde chante et pas qu’à tour de rôle, c’est ça qu’est beau. L’apothéose de ce trio renouvelé se nomme Living Waters, comme l’album. E innove et se lance dans une splendide compo au long cours. Plus de neuf minutes et demi d’une lancinante procession marquée par une batterie appuyée et parfaitement adaptée à ce rythme de galérien marquant toute la mélancolie suintante de ces répétitions obsédantes. Avec le chant touchant de Zedek et le saxo pour pimenter d’une touche free un titre qui finit par s’embraser, E se remet en cause et signe un album différent dans une certaine mesure mais toujours aussi indispensable.

SKX (07/07/2024)