yc-cy
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YC-CY
Every Time I Close My Eyes – LP
X-Mist/Order05 records 2021

YC-CY ne devrait jamais fermer les yeux. Every Time I Close My Eyes, c’est une longue complainte hantée, un songe funeste flottant dans une forêt fangeuse, une chute sans fin, des tourments incessants. Le réveil va être douloureux.
Le groupe suisse a toujours été du genre inclassable, même quand on a essayé de le mettre dans une case noise, rock ou hardcore ou que sais-je encore. La déviance est un maître mot. Toucher un style sans s’y attarder, s’y confronter mais jamais frontalement, faire croire et partir dans le sens opposé, malaxer pour brouiller et ne plus rien reconnaître pour conclure finalement que c’est du YC-CY tout simplement et rien d’autre.
Avec le quatrième album Every Time I Close My Eyes, le quatuor de Schaffhausen nous perd toujours plus sur le chemin d’une singularité accrue. Le premier morceau s’appelle Dreams Are Coming Back et vu ce qu’on entend, je veux même pas savoir de quoi sont faits leurs cauchemars. D’album en album, YC-CY glisse de plus en plus vers une musique où la violence est larvée, où il est question d’élaborer une ambiance générale plutôt qu'une agression caractérisée. Every Time I Close My Eyes est une chape maudite qui colle à la nuque, s’abat lentement sur vos frêles épaules, une cuirasse sonore venimeuse qui ronge les nerfs, donne l’impression d’envelopper chaudement alors que les lentes perforations purulentes sont à l’œuvre et irréversibles. Le son de YC-CY est unique. Je ne sais pas si c’est une guitare, un synthé, une fraiseuse ou un lombric géant qui vous grignote la cervelle. Le chant brûle en enfer. YC-CY arrive même régulièrement à vous faire (froidement) danser (et ça c’était pas gagner d’avance comme sur Thumbscrew), entrechoquer vos os dans un beat de damné, écho sinistre et dominant. L’angoisse à son paroxysme. L’impasse où la réponse sera tout ou rien, s’abandonner ou lutter à mort.
On n’adhère pas à Every Time I Close My Eyes immédiatement. Il ne possède pas les morceaux qui vous explosent à la gueule. L’expérience est douloureuse et pourtant, dans toute cette noirceur poisseuse et exigeante, qu’est-ce que c’est intensément beau, magnétique, désespérément aliénant. Every Time I Close My Eyes ne fait pas rêver et pourtant il hypnotise. Une nouvelle pièce de choix d’un groupe incomparable.

SKX (14/01/2022)