psychicgraveyard
usanails
skingraft
box


Psychic Graveyard & USA Nails
Split – LP
Skin Graft/Box records 2022

Split. Disque comprenant un ou des morceaux de deux ou plusieurs artistes distincts. Et quand le split en question concerne deux groupes qui répandent le bonheur à chacune de leur sortie, on fonce sans hésiter une seule seconde. L’idée de ce split entre deux groupes qui s’apprécient fortement remonte à 2018. Il était question au départ de partager quelques scènes en Europe à la demande de Eric Paul, le chanteur de Psychic Graveyard. Ça n’est jamais arrivé. USA Nails a répliqué par l’idée d’un split. Le disque a pris le temps qu’il fallait pour voir le jour mais il est là et bien là avec l’aide des tenaces Skin Graft et Box records, label anglais dont on ne compte plus les bonnes sorties. L’alliance anglo-américaine à son meilleur.
Veins Feel Strange
, le dernier album en date de Psychic Graveyard, fume encore sur les platines. Sur la sunny side, cinq nouveau titres viennent attiser les braises. Et où on apprend étonnamment que la plupart de ces morceaux ont été écrits à partir de la guitare de Paul Vieira alors que cet instrument brille par son absence ou sa rareté sur les enregistrements du quatuor. Ce qui est encore le cas sur ce split. La dynamo à sons synthétiques et déviants continue de remplacer avantageusement la guitare. Mécanique grinçante, flippante, obsédante sculptant un univers encore plus froid et sombre que sur Veins Feel Strange. Le monde est robot, déshumanisé, avance comme des zombies vers l’échafaud sur une rythmique qui ne fera danser que les bourreaux. Et pourtant, comme le répète Eric Paul sur Strangest Hobbies, I enjoy it. Glacialement envoûtant, calmement angoissant, farouche dans sa frigidité (Love My Skeleton Too), Psychic Graveyard est un mutant qui te dévore de l’intérieur. Il faut attendre le quatrième titre, What Happens At Zero, pour voir les chaînes se briser, la cadence s’emballer, les ondes rougeoyer, les insectes électroniques grouiller et l’addiction augmenter. Irrésistible. Et sur le dernier titre, Wrecked At The Yankee Swap, c’est une conversation tirée d'un répondeur téléphonique des années 80 entre deux femmes italiennes se plaignant de leur famille qui sert de toile de fond triturée à une face se refermant sinistrement sur les méandres paranoïaques d’un groupe sûr de sa folie.

Sur la circle side, USA Nails n’éprouve aucun mal à faire circuler le poison. It’s All In The Context comme l’indique en cinquante-deux secondes le premier morceau des Anglais. Et le contexte n’est pas au relâchement. Pour continuer à s’appuyer sur les titres, l’ambiance est plutôt à A Two Footed Jump Into A Wall Whilst Chewing On Fingernails (qui se traduit plus ou moins par un saut à deux pieds dans un mur tout en rongeant ses ongles). Vous voyez le genre. Ça s’annonce tendu et suffocant. Chez eux aussi, ça les démange de l’intérieur. Alors USA Nails y va tête baissée, torpille noise-rock plus acérée que jamais et téléguidée par un instinct qui ne rate jamais sa cible. Six inédits de haute volée, haletants, trépidants, urgents mais les idées claires, qui vrillent le cerveau sans charcuter avec le riff toujours aussi brillant pour ça reste bien en bouche, savourer longtemps, garder l’haleine fraîche, ne rien recracher. Tout est bon chez USA Nails, c’est une valeur sûr du monde noise-rock. On peut même dire que USA Nails s’est surpassé sur ce split. Les six titres donnent le tournis, le vertige des grandeurs tout en faisant du USA Nails que nous avons pris l’habitude d’apprécier mais avec une verve des grands jours, une flamme plus incandescente que jamais. Ces deux groupes se sont très bien trouvés et se complètent à merveille. Split supérieur.

SKX (11/04/2022)