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Modecenter
s/t – LP
Audio Liberation Organisation/Numavi records 2021

Modecenter, un nom pas franchement tendance pour un groupe qui devait être à court d’idées le jour où il a fallu se baptiser et surtout très décalé par rapport à la vague de bruit décapante qui vous attend. Et là, pour le coup, question inspiration musicale, ce groupe autrichien est magnifiquement en forme sur ce premier album.
Modecenter, tout est question de style. L’inclination générale tend vers le noise-rock mais de l’autre coté des Alpes, il a une saveur différente. Un penchant qui renvoie vers une charge très rythmique, répétitif, tendu à la Skull Defekts avec une certaine propension à enrober ces trépidations d’une aura post-punk bien que ce terme ne signifie plus dire grand-chose, en tout cas un arrière-goût tendant vers les années 80, voir également une touche de psychédélisme fiévreux et agité.
Mais surtout, c’est balancé avec la rage et l’urgence du rock, sans chercher à être propre sur lui ni à trop penser aux conséquences de compos optant pour la vitesse et l’instant présent. C’est jamais la grosse artillerie et pourtant ça envoie de la salve sans coup férir. Batterie et percussions ne sont jamais de trop pour une impression de transe rock et vigoureuse dont le summum sont les six minutes et quelques de 187, longue course-poursuite haletante ou également sur Stylo, palpitant de bout en bout (Deceit et KO Computer peuvent aussi être cités). La basse distordue imprègne une cadence marquée et est centrale dans le paysage de Modecenter, infatigable et remarquable. Nombre de groupes purement noise-rock seraient ravis de l’avoir dans leurs rangs comme sur le génial Grease et une ligne de basse qu’on jurerait tirer d’un morceau de Slug. Le chant trempé dans un jus intense met continuellement la pression, se permettant quelques fantaisies quand le bonheur est à son comble (Hot Body). Les deux guitares croisent le fer sans surenchère, flinguent les distorsions, grésillent, versent de l’acide sur les mélodies, griffent en pointillé.
Des morceaux qui rentrent de plein fouet dans le lard mais avec tact et un groove incendiaire. Excepté sur l’instrumental Mode B à l’esthétique plus rétro et le final Mind Eraser qui choisit la sortie en douceur avec des sonorités plus synthétiques, ce disque est un condensé de titres saillants, frénétiques, énergiquement charpentés, affichant une parfaite maîtrise pour un premier album largement enthousiasmant.

SKX (26/11/2021)