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Kowloon Walled City
Piecework
Neurot/Gilead Media records 2021

Chez Perte & Fracas, vous avez certainement remarqué qu’on aime bien les disques, tout particulièrement les vinyles, les prendre en photo sous tous les angles et en faire des chroniques quand l’objet est entre nos mains. Ça ne sera pas le cas pour Piecework, le nouvel album de Kowloon Walled City. Il est sorti officiellement le 8 octobre en version numérique et en CD. Par contre, pour le vinyle, il faudra attendre début février 2022 si vous habitez aux USA et pour l’Europe, il est carrément annoncé en avril 2022 ! La bagatelle de sept mois d’attente. Une fois de plus, les délais de fabrication avec les majors qui passent avant tout le monde deviennent aussi insupportables que ridicules. Et en plus pour le cas précis de Gilead Media, l’ouragan Ida qui s’était abattu fin août sur la Nouvelle-Orléans s’est rajouté sur la liste des déboires puisque c’est justement cette ville qui abrite l’usine de pressage de toutes les réalisations de Gilead Media. Il a fallu évacuer les habitants, rétablir le courant, tout remettre en ordre, entraînant un retard considérable dans le cahier de commandes. À ce rythme là, le CD va (re)devenir l’avenir de la musique.

Alors je ne sais pas si c’est pour cette raison que j’étais chiffon pour aborder le quatrième album du groupe d’Oakland mais Piecework ne m’a pas fait l’effet escompté. C’est à dire vous retourner le cerveau en douceur comme le précédent et génial Grievances qui remonte déjà à 2015. Une longue période de silence pendant laquelle Kowloon Walled City a profité pour changer de batteur, Dan Sneddon (Early Graves) prenant la place de Jeff Fagundes. Six années surtout pendant lesquelles Scott Evans (guitare, chant, enregistrement) a dû faire face à des problèmes de santé mental et à la mort de son père, d’où un nécessaire recul ayant entraîné un totalement blocage pour écrire les paroles alors que la musique était déjà composée depuis une paire d’années. Evans a finalement réussi à surmonter cette épreuve et Piecework est le reflet de cette période compliquée.
Un disque encore plus mélancolique et surtout dépouillé, une écriture resserrée, des compos plus courtes, Kowloon Walled City cherchant à garder que le strict nécessaire. Piecework reste cependant un album très proche esthétiquement de Grievances dont la description pourrait être quasi reprise mot pour mot. Avec un peu moins tension et plus de renoncement. Avec encore plus de lenteur, de douleur, de sobriété et des éruptions qui se feront attendre à jamais, de mid-tempo s’effaçant régulièrement et de silences prolongés, d’un post-hardcore qui n’a plus rien de post-hardcore ou de noise-rock ou de metal ou de tout ce que vous voulez. Une entité qui s’est construite son propre monde, ses propres émotions, sa propre beauté.
Et c’est pour ça que Piecework, même s’il n’est pas surprenant et qu’il ne fait pas autant vibrer que précédemment reste un disque fortement attachant et à part. La musique de Kowloon Walled City conserve cette force envoûtante, cette sobre élégance, ce son magnifique qui vous enveloppe, des volumes éclairés et de l’espace ouvert à tous les imaginaires (surtout les plus tristes), ces morceaux puissamment austères comme You Had A Plan, une profondeur et une atmosphère magnétique qui font que rien ne m’empêchera d’acheter ce putain de vinyle quand il sortira enfin.

SKX (19/11/2021)