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USA Nails
Character Stop – LP
Hex/Bigoût records 2020

Pour le plaisir et par curiosité, je suis retourné écouter Sonic Moist, le premier album de USA Nails paru en 2014. Avec des bouts des albums suivants. En fait, c’était surtout pour se rendre compte comment le groupe avait évolué alors que les Anglais enchaînent à toute vitesse et viennent de publier leur cinquième album Character Stop. Un retour en arrière, reprendre son souffle, resserrer l’espace-temps permettant d’avoir une vision globale pour s’apercevoir au final que USA Nails n’a pas vraiment changé. Tout ça pour ça. Et en plus, ce n’est pas une surprise tant la discographie du groupe n’a pas eu le temps de refroidir dans les neurones.
C’est toujours un peu la même chose et pourtant c’est toujours aussi bon. Je ne sais pas par quel miracle ce groupe arrive à ne pas lasser, à renouveler son sac à riffs et sa palette de rythmiques sans modifier les fondamentaux de son noise-rock incendiaire mais force est de constater que Character Stop est encore un album qui ne va pas déprécier la qualité générale de leur parcours ressemblant à un sans-faute.
Character Stop
met pourtant plus de temps à s’imposer. Chaque album a beau se ressembler, USA Nails apporte chaque fois une nuance, une coloration particulière dont l’inévitable Wayne Adams est toujours le maître d’œuvre dans son fameux Bear Bites Horse Studios. Character Stop, disque pas aussi immédiat que Life Cinema qui scorait méchamment avec des hymnes accrocheurs, disque à l’urgence qui prend des chemins détournés, moins de torgnoles punks dans les gencives avec le riff fédérateur qui met tout le monde d’accord. USA Nails la joue plus finaude et retorse, semble simplifier la donne dans les structures mais étrangement, le rendu sonne plus composite et élaboré. USA Nails diversifie les angles d’attaque, s’éloigne régulièrement d’un noise-rock frontal et frénétique pour s’insinuer dans les variantes plus larges du rock bruyant tout en étayant sa palette sonore. Jusqu’à surprendre sur un enjoué et quasi sautillant Temporary Home ou s’éteindre en douceur sur un mélancolique et expérimental Wallington au chant chuchoté, morceau atypique pour du USA Nails qui n’est cependant pas sensationnel à écouter.
Tout le contraire du reste de l’album enchaînant les pétarades noise (No Pleasure ou See Yourself) et des morceaux plus froids et sur la retenue (le désabusé et grinçant How Was Your Weekend, Preference For Cold), des titres très courts sachant toujours aller à l’essentiel sans manquer de rien (I Don’t Own Anything, les cinquante secondes de Dumb Of Choice) et l’étalage une nouvelle fois vivace d’une maîtrise peu commune dans l’écriture de pépites noise mordantes, éclatées et fulgurantes (Revolution Worker, I Am Posable, Character Stop). C’est toujours la même chose tout en faisant des écarts. C’est toujours aussi bon que les autres tout en étant unique pour un album qui ne se confondra pas avec ses prédécesseurs. C’est USA Nails et c’est encore une fois essentiel. Une valeur sûre.

SKX (28/12/2020)