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Coddiwomple
The Walk And Other Stories – CD
A Tant Rêver Du Roi records 2020

À regarder qui se cache derrière Coddiwomple, j’étais sûr de ne pas être déçu tout en sachant à quoi m’attendre. G.W. Sok, Nicolas Lafourest et Olivier Mellano. Entre un qui déclame des textes depuis quarante ans et ses débuts dans The Ex et deux autres dont la guitare semble une extension naturelle de leur corps, il aurait été marrant de les voir faire du dubstep ou de la rumba mais un brin étonnant. Alors ils sont restés dans leur domaine de prédilection et c’est une totale réussite.
Cette musique qu’ils ont déjà maintes fois sillonnée, que ce soit ensemble ou séparément, au sein de Cannibales et Vahinés ou The And pour Sok et Lafourest ou Mellanoisescape et bien d’autres projets très variés pour Mellano et encore tout seul pour Lafourest avec Forêt. Cette musique qu’ils ont explorée de différentes manières mais qui les ramène toujours en un point central où ils vont être seuls face à leurs instruments, puiser au plus profond, retranscrire l’intime, dérouler le fil d’une histoire personnelle qui parlera au plus grand nombre.
The Walk And Other Stories, un album raconté par deux guitares, un chant et strictement rien de plus. Une sobriété apparente d’un disque qui ne fait effectivement pas dans l’abondance, d’un disque avançant au rythme de la marche mais où la tension exsude à chaque pas. Il n’en faut pas plus pour tenir en haleine. Et dissimuler bien des richesses. Des histoires qui ont besoin de peu de notes pour exprimer des émotions qui font frémir. Des profondes et des belles, âpres et qui écorchent. En toute simplicité. Deux guitaristes qui ne sont pas dans la démonstration mais dans l’écoute, le dialogue et l’agencement de climats. Ça n’interdit pas les turbulences, les crispations sur les cordes, l’empressement (Response), les remous plus difficilement contrôlables et les éclats de voix sur Whisper qui n’en est pas du tout un, des micro flambées d’électricité rougeoyante, c’est à dire tout ce qu’il faut pour raconter une bonne histoire.
Une histoire dont le fond dégage un sentiment général d’introspection, voir de contemplation sur The Walk et Frau Wilke, à la frontière des rêves quand les deux guitares égrènent de magnifiques arpèges au pouvoir évocateur, une poésie des cordes sans maniérisme, de lentes et longues tirades mélancoliques avec une guitare spleenesque sur Frau Wilke pendant que l’autre tente de dérégler l’ordre de marche, de perturber ce morceau dont on ne sait pas très bien s’il est rêve ou cauchemar.
Une histoire qui en est véritablement une à la base puisque les paroles narrées par G.W. Sok sont extraites d’un livre de Robert Walser (1878-1956) dont le titre a fourni le nom de ce disque. Et si on reconnaît le timbre habituel et la façon de poser les mots de G.W. Sok, il se glisse également sur des territoires plus mélodiques et chantés comme sur le très beau The Boat ou Memories sur lequel il prend également la guitare, donne vie à des personnages imaginaires avec toute la retenue dont il est coutumier pour faire vivre et crépiter un peu plus ces histoires qui n’ont décidément pas fini de vous hanter.

SKX (06/04/2020)