calf
sweetohm


Calf
s/t 10’’
Sweetohm records 2020

Calf, c’est du grec et ce 10’’ à la très belle pochette troublante tirée d’un film de Derek Jarman est pire qu’une éruption du Santorin. Ne les croyez vraiment pas quand sur leur bandcamp Calf cite Unwound, Slint et les Melvins comme des influences parce que Calf les pulvérise. Et surtout, ça n’a strictement rien à voir. Même à leurs débuts en 2012 quand la musique de Calf n’était pas aussi volcanique.
Trois plages à majorité instrumentale qui partent bille en tête et arrivent à la même vitesse. Et quelques variations pour repartir de plus belle. C’est du niveau d’intensité des Italiens de Gerda sans le chant, radical, terriblement tumultueux, de la noise purificatoire, avec des larsens qui saignent, du récurage en profondeur et l’envie aveugle de se jeter dans le feu. Une débauche de batterie qui tape dans tous les sens sans en mettre de partout avec un sens aigu du matraquage efficient, le souci de fixer son adversaire dans les cordes, des guitares qui s’entrechoquent dans un magnifique numéro de pyromanie, une pression qui s’accentue à chaque seconde qui s’effrite. Calf joue comme si c’était la dernière fois. Ainsi vont les deux titres de la face A, Christian Rabbid Feeding Tube et There Is No Confusion In My House, avec ce qu’il faut d’aménagements pour reprendre son souffle, de passages ténébreux avant que le chaos ne vous dévore sans perdre la notion du mot rock. Aliénant.
Mais que dire alors des huit minutes de la face B. Elle s’appelle Lament et pour se lamenter, Calf se pose là. Le seul moment du disque où des voix se font entendre et elles ne sont que lamentions et désespoir hurlant. Après un début frénétique, Calf prend soudainement la tangente. Un long larsen/drone sifflant, une rythmique en mode furtif et ces complaintes funestes qui apparaissent, des cris déchirants envahissant l’espace et qui filent les jetons, pèlent les nerfs alors que tout autour le fatras se remet en route, que les hurlements de forcenés qu’on mène à l’abattoir redoublent. Ce groupe est furieusement malade. Et cette expérience auditive, sous ses dehors extrêmes, est passionnante vaut la peine d’être vécue.

SKX (01/03/2020)