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Show Me The Body
Dog Whistle – LP
Loma Vista records 2019

Le corps fume encore et le trio new-yorkais va tout faire pour l’achever. Show Me The Body pratique le hardcore de combat, le punk de barricade, l’art de la baston de rue suintant le hip-hop. Le décor est crasseux, les ruelles sont louches, le ciel est gris. Tout est prêt pour le guet-apens. Avec comme arme fatale, un banjo. Les fourbes. Un banjo sur courant électrique. Avec des pédales d’effets pour distordre les pauvres cordes du banjo qui n’avaient rien demandé et les faire ressembler à une guitare. Quand tu le sais pas, tu n’entends que du feu. Mais une fois que tu l’as appris, tu te disait bien qu’il manquait un truc, comme un brin d’épaisseur, de puissance. Ouais, facile.
Qu’importe, la basse y remédie largement. Une bonne grosse basse elle aussi méchamment distordue, faciès marqué noise-rock, formant avec la batterie une redoutable machine de guerre. Ça et le chant rageur du mec qui taquine le banjo, Julian C. Pratt. Les oreilles du chien vont siffler.
Dog Whistle regorgent d’hymnes qui sentent l’insurrection, des titres qui sont furieusement efficaces, propres à faire pogoter plus d’une foule en délire, carrés, âpres, pugnaces. Et super bien foutus dans leur jus plein de fiel.
Entre des limpidités qui fusent comme le bien nommé Madonna Rocket, des spasmes qui crachent le fer et la bile (Drought, Badge Grabber) avec de faux-airs de Death Grips quand le débit tend vers le rap et le groove brutalement entraînant. Le trio sait également verser dans le lourd, l’écrasant, l’ambiance qui vire plus tordue comme les structures, encore plus noires et violentes (Now I Know et le terrible Forks And Knives) tout en gardant à chaque fois à l’esprit l’accroche qui va faire mal. Le corps est décapé. Mais il est aussi source d’attentions insoupçonnées. Le début tout sucre acide de Camp Orchestra (avant d’envoyer la grosse artillerie) inspiré par une visite dans le camp d'Auschwitz pendant une tournée européenne du groupe ou le subtil et travaillé Arcanum avec la sonorité du banjo qui se fait clairement reconnaître, sans oublier deux interludes aux brèves déclarations plombantes.
Show Me The Body montre sur ce deuxième album un panel et une qualité de compositions frappant juste, fort et profondément. Le corps est roué de coups mais plus vivant que jamais. Bluffant.

SKX (03/10/2019)