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The Purkinje Shift
Threads - LP
Chunklet Industries 2019
Mohawker/Mo Ave Tav 7’’
Chunklet Industries/Third Uncle records 2018

Je me suis réveillé trop tard. Les disques de Purkinje Shift venaient juste de sortir qu’ils étaient déjà épuisés. Quelle idée aussi de Chunklet Industries de publier Thread à 103 malheureux exemplaires. Ils ont perdu un pari ou quoi ? Et ça ne devait être guère plus pour le single en 2018. Je sais que The Purkinje Shift est un groupe très discret en plus d’être vieux, il ne défrayera jamais la chronique mais le trio d’Atlanta méritait meilleure considération, non ? Surtout que Threads était leur premier album à sortir en vinyle après trois albums uniquement en CD. Il faut donc se contenter de la version numérique avant de revoir un beau jour une copie réapparaître dix fois plus chère. Vive la spéculation. Par contre, pas la peine de spéculer sur la musique de Purkinje Shift. C’est pas maintenant que le trio va changer ses habitudes et faire autre chose qu’un noise-rock instrumental qui a pu également à une autre époque s’appeler math-rock. Alors qu’avec les années qui passent et les grandes périodes de silence entre deux disques, The Purkinje Shift ne fait qu’un rock de plus en plus virulent avec quelques acrobaties et pléthore de fulgurances éclatantes qui foncent dans le tas en plus de pétarader dans le ciel noir. Les mots qui ont servi pour leur précédent disque Executive Contours pourraient ainsi être réutilisés mais ce ne serait pas rendre complètement justice à ce trio qui adore jouer en costumes-cravates. Le single montre un groupe qui sait s’adapter au format proposé avec deux titres plus courts que d’habitude, une fenêtre de tir réduite pour un impact accru, la démonstration que Purkinje Shift n’est pas complexe, ne cherche pas les embrouilles et peut être une redoutable machine à riffs qui illuminent sans fard et de rythmes appuyés, nerveux qui savent ce que le mot rock signifie. Et pas besoin de basse pour ça. Les deux guitaristes sont des orfèvres, des ciseleurs et les huit morceaux de Threads sont une nouvelle fois la preuve de leur grande dextérité et inventivité. Et quand c’est en plus exécuté avec force et pénétration sans se regarder le nombril et le bouts des doigts qui volent sur le manche mais avec un profond désir de vous le mettre (le manche) sur la tronche, Threads devient un pur concentré de noise-rock corrosif et renversant. Quand bien même vous croyez avoir tout entendu tout vu dans le genre. Rien que le titre d’ouverture Schnapps In Munich sent le vin mauvais, le désir d’en découdre avec le premier connard venu et envoyer tous les math-rockeux à leurs chères et pitoyables études. L’abus d’alcool est bon pour le rock. Et c’est comme ça tout au long de Threads. Qui est loin de se résumer à quelques pains distribués et phalanges bleuies. The Purkinje Shit y met aussi beaucoup de cœur, d’arpèges cinglants qui embrasent les sens, de finesses diaboliques, d’envolées qui réchauffent, une tension qui va grandissante, une sourde mélancolie, de multiples accroches qui ne s’attardent jamais et, en règle générale, une grande classe et âpre élégance. Immuable et toujours d’actualité, The Purkinje Shift va pouvoir sereinement retourner dans son trou avec leurs disques à quatre exemplaires et demi, ça n’empêchera pas de s’extasier devant leur maîtrise totale et leur impeccable musique, valeur sûre et caution inflexible d’un style que le trio porte haut et brillamment malgré le temps et les modes impitoyables qui passent. Après eux, le déluge.

SKX (12/03/2019)