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Psychic Graveyard
Loud As Laughter – LP
The Next World - CDEP
Skin Graft records 2019

Loud As Laughter. Du rire en barre. La grosse poilade. Psychic Graveyard en comique de la noise. Venant de Eric Paul (Arab On Radar, The Chinese Stars, Doomsday Student) et Paul Vieira, son pote qui a fréquenté aussi les bancs de The Chinese Stars et Doomsday Student, rien de surprenant. Des maîtres du second degré, de la provocation à la forte odeur sexuelle, de l’absurde aimant passer pour des demeurés. Sauf que la vérité est bien éloignée et dessine un sourire triste. Un disque dédié à Wilder, le fils de Eric Paul. Avec des paroles du premier morceau qui a donné son nom à l’album qui ont interpellé. My son’s only world is breath. But there will never be another sound as loud as his laughter. De quoi se poser des questions. L’explication vient d’un extrait d’interview piqué sur le blog US The Noise Beneath The Snow :

J'ai commencé à jouer dans Psychic Graveyard peu de temps après que mon fils, Wilder, ait reçu un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme. Bien que mon amour pour mon fils soit infini, le diagnostic a été très difficile pour moi. L'un des aspects les plus difficiles du développement de mon fils est sa lutte avec le langage. Il est maintenant âgé de 3 ans et demi et n'a toujours pas parlé. Mais quand même, nous communiquons d'une manière que je ne pensais pas possible. Comme beaucoup de chansons sur l’album de Psychic Graveyard, les paroles de Loud As Laughter expriment la douleur, la confusion et la beauté de ce voyage que je fais avec mon merveilleux fils.

Remballe tes rires. He is very good at making bad decisions.
Quand vous avez connu leurs groupes précédents, vous n’êtes pas dépaysés par Psychic Graveyard. Avec Nathan Joyner (ex-All Leather, Secret Fun Club, Hot Nerds, Some Girls) aux synthés et Mike Kamoo pour la batterie sauf sur deux morceaux où c’est Eric Paul qui s’y colle (depuis cet enregistrement, un certain Charles Ovett (Joules) a pris la place sur le tabouret pour les concerts), ce groupe explore des territoires soniques identiques. Toutes ressemblances avec Arab On Radar et Doomsday Student ne sont pas fortuites. Le groupe assume, continuant de creuser un sillon pour lequel ses principaux protagonistes sont nés. Matraquage rythmique basique pour faire bouger ton corps d’athlète, guitare acide, chant fielleux autant étranglé que prêt à te passer la corde au cou. Loud As Laughter comporte son lot d’hymnes intrépides et désarticulés, déversant des mélodies au napalm et des cours de danse pour les lobotomisés.
Mais Psychic Graveyard sait aussi cultiver ses différences. Outre les textes de Eric Paul autrement plus graves que d’habitude, sombrement perturbés et pour cause, c’est le vernis électro-synthétique qui donne son piment à Loud As Laughter. Les ambiances se refroidissent, se rigidifient. La guitare semble se confondre, disparaître dans les méandres des machines. Des grincements lugubres accrochent l’épiderme. Des ondes futuristes annoncent un mauvais présage. Des triturations empêchent d’avancer sereinement, froissent les structures. L’allure devient martiale et tragique sous les dehors entraînants. Cadence d’usine, esthétique industrielle grimaçante. C’est toute la musique du groupe qui embarque ainsi dans les pas noirs de Eric Paul, dans une colère froide, dans un fond de commerce qui se durcit imperceptiblement, dans un cri restant en travers de la gorge. Des titres comme These Are My Wives ou The Night fabriquent les rouages fondamentaux d’un nouveau projet qui ressemble à qui vous savez mais se révèle aussi pertinent et attrayant que leurs groupes passés.




Pas de temps à perdre. Quelques mois après la sortie de Loud As Laughter, sans oublier les deux premiers CD singles en début d’année dont un remix de Loud As Laughter par Angus ‘Liars’ Andrew, Psychic Graveyard publie cinq nouveaux titres.
The Next World, c’est avant tout la continuité de l’ancien, c’est à dire un premier album tellement chaud encore sur la platine que point de grosse révolution il faut s’attendre. Le groupe évolue dans une formule trio désormais bien établi. Le batteur en chair et en os, ça sera que pour les concerts. Sur disque, Eric Paul prend les baguettes sur deux titres (The Next World et We Think There’s a Chemical) et une boite à rythmes se charge du reste. La dimension synthétique-électro prend de l’ampleur sans que le rock en pâtisse. Is This The Body ? glace le sang. La rythmique donne de moins en moins envie de se déhancher comme un canard boiteux. Un étrange calme froid et impénétrable semble sourdre derrière l’agitation de surface. Psychic Graveyard élabore un minimalisme alarmiste à l‘instar des sonorités stressantes de Graveyard Breath, une économie de moyens qui va droit où ça fait mal, un mélange machine-humain qui se fond de plus en plus dans le paysage de Psychic Graveyard et créer une osmose l’éloignant encore plus de leurs groupes-références qui les ont fait connaître.
The Next World est menaçant, ne rassure pas mais on fonce tête baissée.

SKX (31/08/2019)