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Bras Mort
Give Her This, She Takes That – LP
La Face Cachée 2018

A l'est du nouveau avec des têtes connus. Julien, membre de The Australian Goat ou Malaïse, Thierry de Dustbreeders, Joel (Strong As Ten) et Nafi ''Noir Boy George'', le gars qui aime bien les capots de Visa jaune avec son pote de Jessica 93 et qui a, comme ses collègues, de multiples projets sur le feu même si beaucoup sont définitivement éteints (AH Kraken, The Anals ou The Dreams par exemple).
Bras Mort explose à la vie, nouvelle entité sauvage, premier album dont le nom et son niveau d'Anglais ferait pâlir de jalousie Jacques Chirac. Give Her This, She Takes That, c'est du messin dans le texte. Et ça sera le seul moment de rigolade.
Cet album est avant tout une histoire de répétitions. Des sept minutes introductives de Trve Love aux treize finales de Through The Woods, Bras Mort appuie à chaque fois comme un malade sur trois accords, c'est à dire au moins deux de trop, répercute avec insistance une rythmique infatigable, jusqu'à répéter la même phrase, le même mot à l'instar de Lovekills sur le titre au nom identique (alors que j'entendais au début Love Kids, ce qui n'est pas exactement la même chose). Que le morceau soit long ou qu'il soit court, Bras Mort répète, encore et encore, cherche la transe, cherche l'hypnose, par la douleur, par abnégation, par dépit, pour voir la lumière au bout du tunnel, pour aller au-delà, violemment, sans autre issue possible. Du ciel bas et des plumes de plomb. De la fuite en avant dans une impasse crasseuse. Du poisseux qui hurle à la mort. Bras Mort est très en jambes. Stooges en pleine Lorraine. Psychédélisme funeste ou abrasif. Dérapage dans des volutes noisy, solo de la dernière chance, basse bourdonnante. Des morceaux cramés après avoir mis le feu sur leur passage. Car chaque titre est unique, vous entraîne dans sa chute. Compact, chargé avec force électricité et distorsion, sacrément prenant comme Molemen, puissant, intense et désespérément beau.
Bras Mort, pas un groupe de manchots. Il sait capter l'attention, insister, faire beaucoup avec le minimum de riffs, de rythmes mais c'est à chaque fois c'est la bonne idée, vous emmener là où il veut, insuffler la petite mélodie qui vous poursuit, ralentir, accélérer et écrire sept compos impénétrables qui ne font qu'une bouchée de votre malheureuse personne. Ça faisait longtemps qu'un album de cette bande, de ce coin de la France ne m'avait autant attiré. Depuis le AH Kraken, c'est dire.

SKX (03/07/2018)