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pelagic

wovoka

LLNN/Wovoka
Marks/Traces - Split LP
Pelagic 201
7

Entre les Danois (Copenhague) de LLNN et les Américains (Los Angeles) de Wovoka, il existe un océan et un grand, quelques degrés de température de différence et bien plus encore. Avec ce split, jamais ces deux villes n'ont paru aussi proches. Les deux groupes mélangent hardcore, metal, noise, sludge et profonde noirceur, chacun à sa sauce, l'un dans la version coup de poing avec six titres qui déflorent le parquet, l'autre dans un mammouthesque et unique titre de dix-huit minutes. Au final, ils partagent une vision commune de la musique.

Pour la version uppercut, c'est LLNN. Les Danois avaient déjà fortement séduit avec le premier album Loss. Les six morceaux de la face Marks ont la particularité d'avoir été écrits et en partie enregistrés avant Loss. Ce qui ne fait pas d'eux des titres recyclés ou de seconde catégorie. LLNN était sur les bons rails dès le début. Ceux qui mènent vers les félicités du hardcore noirci au désespoir et buriné à la rage débordante. On retrouve tout ce qui a fait le charme de Loss avec des samples et travail des synthés qui remplissent l'espace d'une aura inquiétante, des ambiances à la Neurosis comme sur Swarms et ce gimmick ressemblant à une compo de la troupe de San Francisco, du poisseux, du tranchant, un beau savoir-faire dans la variété des rythmes et des attaques, une voix qui prend aux tripes, des paysages décharnés sur lesquels soufflent un vent mauvais et le chaos qui n'est jamais loin. Seul le dernier titre, Gravitated, ménage les sens sans les rassurer pour autant. Un instrumental qui n'est que longues complaintes synthétiques et futuristes où tu t'attends à chaque seconde voir surgir R2-D2 derrière une dune.

Les morceaux qui durent trois plombes font toujours craindre le pire. Réflexe naturel. Wovoka réussit le tour de force de faire croire que ça dure beaucoup moins longtemps avec Traces bien que le quartet n'a pas inventé la poudre. En gros, vous reprenez tous les éléments de LLNN et vous les condensez en une seule et incroyable longue décharge. Vous rajoutez du Neurosis/Kowloon Walled City dans le paysage et tous ces groupes de sludge/metal partant à l’assaut d'improbables citadelles, vous larguez les amarres et vous vous laissez porter par une intensité brutale et rougeoyante qui ne diminue quasiment pas sa flamme. Il faut attendre la dixième minute pour voir Wovoka reprendre son souffle. A partir de là, faut avouer que la tournure mélodique du chant fait tiquer et le morceau s'enlise avant de repartir sur des contrées plus sauvages, bien aidé par un chant velu qui fait trembler la caverne et une tension reprenant du poil de la bête. Wovoka était un groupe inconnu jusqu'ici des services de P&F. Un seul album à leur actif (Saros en 2015 sur Battleground records) mais il ne serait pas vain de surveiller du coin de l’œil leurs futurs pérégrinations.

SKX (06/09/2017)