thinprivilege
struggletown
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Thin Privilege
s/t LP
Struggletown, Blake Lake, Bloc+Music 2014

La no-wave, elle se consomme à toutes les sauces et se conjugue à n'importe quel temps. Avec la fâcheuse impression qu'il suffit désormais de faire un peu de bordel hystérique disloqué pour aussitôt le graver sur disque et croiser les doigts pour que quelqu'un crie au génie. Thin Privilege avait tout de la parfaite victime. Le groupe de trop au moment où il ne fallait plus. Deux basses, une batterie en provenance de Glasgow, un chanteur qui veut en finir avec la vie après avoir trucidé tout le voisinage. Comme un air de déjà entendu. Une lassitude soudaine. Au final, cette désagréable impression ne s'est pas complètement estompée mais j'ai quand même pris mon pied.
Le déclic aura été les deux derniers morceaux. Alors que les huit premiers titres défilent à tout berzingue, nous saoule de coups et de cassages de tibias avec fracture ouverte en moins de deux minutes chrono, les cinq et six minutes de Sword Swallower et With Apologies to Thin Privilege (de rien mes poulets) remettent de l'ordre dans les idées. La musique de Thin Privilege ne perd rien de sa folie mais cette fois-ci, on y croit pour de bon. Et fait comprendre qu'en plus d'une bonne pincée no-wave, les quatre Écossais ont ajouté une bonne de noise-rock le plus frappé et vicieux. Du genre pratiqué par Twin Stumps, White Suns ou Satanized. Du martelage en règle, du répétitif qui rend dingue, du primitif qui te donne envie d'aller vivre au fin fond des Highlands et bouffer du haggis à s'en faire péter la panse. La première partie de l'album prend alors une autre dimension. Les deux basses s’offrent un duel féroce, raclent le plancher, jouent sur les cordes aiguës pour se déguiser en guitare, font un gros clin d’œil à Milkmine (groupe dont ils n'ont très certainement jamais entendu parlé) et s'adjugent des morceaux qui prennent corps comme No Such Constellation ou A.S.D.F. On jurerait même entendre des amorces de mélodies sur Hex Charmer et Howl, Sleeper alors que Tapeworm Womb fait penser à un Arab on Radar sous acide. Et puis retour à ces deux derniers compos épiques. Rien de tel que de finir sur les deux meilleurs morceaux et quitter son monde sur une bonne note. Thin Privilege m'a eu à l'usure.

SKX (07/06/2014)