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Gay Witch Abortion
Opportunistic Smokescreen Behavior - LP
Learning Curve 2012


Gay Witch Abortion manie à merveille la douche écossaise. Le gros coup de froid avec les six titres abandonnés sur la compilation A Butcher Waltz. L'énorme coup de chaud avec le 10'' Halo of Flies sessions. Et puis le tiède aussi, avec Maverick, premier album qui laissait sur sa faim. On croisait les doigts pour que le duo des Twin Cities réédite son exploit torride, il est vrai bien aidé par un invité de luxe, Tom Hazelmyer. Hélas, l'invité n'est plus invité.
Gay Witch Abortion est retourné aux sources. Maverick style. En supprimant - éclair de lucidité - le chant. Et quand bien même les cordes vocales sont de sortie (trois morceaux et demi sur quatorze), le chant, qui n'est toujours pas le point fort du groupe, n'est plus un point faible. Shawn Walker (batterie) et Jesse Bottomley (guitare et voix occasionnelle) se concentrent sur la musique. Du lourd, du puissant, une guitare qui passe par un ampli basse pour un son encore plus grave, gras et bourdonnant, du rythme tapant dur et les roulements enfonçant plus bas que terre, ça pulse avec l'énergie d'un tank lancé à pleine vitesse sur les Flandres, sans jamais s'éterniser sur ses conquêtes. Le duo applique une recette qui a fait ses preuves et sait frapper juste et dur.
Mais Gay Witch Abortion aime aussi sortir des sentiers battus, les triturations sonores, les riffs qui grésillent, les sons de guitare qui hululent la nuit, mettre la langue dans la bouche et quand ça bave pour accoucher de morceaux tout bizarre. Dès le titre d'ouverture, Cult Chimera et sa guitare imitant la baleine, Gay Witch Abortion fait bien sentir que ça sera à la gueule de la pochette, un monde de fées perverses aux idées tordues derrière l'apparente ambiance bon enfant de gros rock qui tâche. Varanasi Ghat, Susan's Dad et la ballade Kidnap All The Light digne d'un épisode de Twin Peaks mettent dans un état cotonneux. Derrière chaque gros riff se cache un petit malin à la guitare prêt à tout foutre en l'air et dont le plaisir ultime sera le final Bilocate et ses cinq minutes d'un Lightning Bolt pour homme et sans fluo.
Le plus frustrant dans l'histoire, c'est de sentir que Gay Witch Abortion est capable de faire encore plus mal. Qu'il ne va pas aux bouts de ses idées malsaines pour un plaisir accru, que son désir d'originalité n'est pas suffisamment exploité, trop schizophrène, pas assez fusionnel, de la part d'un duo ne demandant qu'à se laisser embarquer dans une chevauchée encore plus trépidante. On n'a pas toujours un Tom Hazelmyer sous la main.

SKX (01/03/2013)