terebenthine
ocinatas


Térébenthine
Térébenthine - CD
Ocinatas Industries 2012

Le gros carton épais et raide, qui a du mal à fermer, du digipack de Térébenthine ne risque pas de prendre feu. Rien de hautement inflammable là-dedans. Ce disque a bien failli aller se faire massacrer par une humeur peu prédisposée à se taper un énième duo instrumental. La vie n'est pas toujours très tendre avec vous. C'est ce que doit se dire Mr Armand, égrenant son spleen sur la première minute de ces sept titres et qui sera le seul acte parlé (manqué ?) de ce duo originaire de Châlons-en-Champagne. Oui, la vie n'est vraiment pas tendre et de ce coin de terre perdue, j'ai d'abord entendu quelquechose d'affreusement banal. Des parties plates qui n'incitaient pas à revenir, de gros moments d'accalmies qui faisaient décrocher, le coup de blues de Mr Armand déteignant sur la paire guitare(s)-batterie qui avait bien du mal à faire entendre les sursauts d'ardeur.
Et bizarrement, c'est au final cette quiétude apparente qui met le feu au poudre de Térébenthine, qui vous agrippe par le cortex sensitif, cette tension larvée oscillant vers un slow-core âpre, rugueux, une beauté sans fard magnifiquement mise en lumière par un enregistrement sonnant juste et chaleureux. C'est par cette retenue que ce duo terriblement banal finit par se distinguer, donne de la profondeur à son propos, de la gravité et creuse son sillon plutôt que sa tombe. Les explosions n'en sont que plus belles, sans que les frontières soient nettement délimitées, un équilibre s'imposant sans forcer, s'articulant sans que les ficelles se devinent aisément derrière. La plus belle preuve, c'est ce dernier titre, Double Zéro et ses six minutes de parfaite balance, entre sobriété, violence, discordance et un je ne sais quoi de subtil, voir aérien qui donne envie de donner n'importe quelle note sauf un zéro pointé. Alors certes, pas de quoi mettre le feu au lac avec Térébenthine mais une agréable surprise que leur premier album.

SKX (27/08/2012)