<08|07|2013> Au
charbon
It Takes
A Million Years To Become Diamonds So Let's Just Burn Like Coal Until
The Sky's Black. Un titre à rallonge des pitres de chez Storm
and Stress sert d'introduction. Titre qu'on pourrait traduire en gros
par : te casses pas les couilles à essayer de passer pour un
diamant, t'es qu'un gros tas de charbon alors va brûler en enfer.
Nos
charbonneux du jour me donnent pourtant des scrupules. Recevoir un robuste
vinyle de 180 grammes mérite un minimum de respect et cause un
maximum d'embarras. Je le rappelle, les services Déontologie
& Flagornerie de Perte & Fracas ne disent jamais de mal de généreux
donateurs. Surtout dans ce format roi faisant regretter à tous
les moutons d'avoir vendu leur collection au siècle dernier pour
du CD. Mais nous avons aussi un minimum d'orgueil et un maximum de respectabilité
dans les salons mondains et le label Gnougn
records a dépassé les limites du tolérable.
C'était déjà borderline avec leur précédent
EP Epuz.
Là, c'est un pas allégrement franchi dans le ravin de
l'abomination avec Epuzz, le nouveau 5 titres de Ultra
Zook. Quand le seul truc auquel vous arrivez à penser
en écoutant ce disque est Richard Gotainer, moi j'vous dis, c'est
pas bon signe. Ou alors n'est pas Le Singe Blanc qui veut. Les chants
débiles, la bienheureuse folie douce, les myriades de synthés
sonnant comme une course poursuite de pac-man, c'est consternant. Le
saxo invité sur Pisote ! et surtout Aluminium C4,
seul morceau à relever le niveau (en même temps, c'était
pas dur) ne suffit pas. En plus, ce vinyle à l'énorme
défaut de n'être gravé que d'un seul coté
et je ne supporte pas le gâchis. En plus de l'humour et de la
bonne humeur forcée.
Pour
rentabiliser son envoi, Gnougn
records a cru bon devoir glisser un second vinyle toujours aussi
lourd dans le paquet. Kafka
(c'est le nom du groupe) se lance dans l'adaptation musicale - oui là,
ça devient autrement plus sérieux - de La Petite marchande
d'allumettes de Jean Renoir, avec le soutien de la ville de Clermont-Ferrand.
Autant dire que là, ça ne rigole vraiment plus du tout.
Un ciné-concert
qui me rend tout mou comme la musique de Microfilm. Sauf que c'est un
vrai film derrière. C'est certainement très beau, le xylophone
sonne d'enfer, une création musicale de premier ordre mais ça
ne m'en touche pas une. En plus de ne pas avoir d'humour ou de ne rire
qu'à mes propres blagues, l'Art me file de l'urticaire. Et une
subvention, une !
Autre
réception d'un beau vinyle causant un maximum d'embarras, la
nouvelle sortie de Solar
Flare records. Une maison clermontoise connue pour la qualité
et le sérieux de ses sorties râpeuses (Membrane, Sofy Major,
Pigs, American Heritage) et dont la dernière recrue se nomme
Watertank
avec l'album Sleepwalk. Et là effectivement, on croit
dormir debout. Les nébuleuses forces de Quicksand et Helmet sont
convoquées sur l'autel de la suavité et de l'ultra (g)lisse.
Chants mélodiques à foison, riffs transparents, rythmes
qui se voudraient lourds, Watertank a inventé le stoner aérien.
Pire qu'un album d'Isis. Un groupe nantais existant depuis 10 ans mais
ne sortant son premier album que maintenant et une signature difficilement
compréhensible pour le label de Sofy Major, quoiqu'à l'écoute
de certaines options de Idolize,
la surprise est moins grande.
Autre
source d'embarras mais pas pour de basses considérations matérialistes,
l'album de MIM (As Far As I Compute sur le label L'Amour
aux 1000 Parfums). Les raisons sont uniquement d'ordre esthétique.
Ce disque, il me plait autant qu'il m'emmerde. Projet d'un seul homme,
un Belge (aucun lien avec les raisons esthétiques évoquées)
se faisant accompagner en concert par les vosgiens (même remarque
que précédemment) de La
Pince et heurtant les contrées electro/indus d'un genre très
personnel. Quand le Belge attaque par la face rock, qu'un batteur de
chair, d'os et de sueur apporte sa présence physique à
une musique de machines, l'homme l'emporte et moi être content.
Une texture sonore sombre, grouillante, des paroles en français
qui tiennent la route (mais en anglais aussi parfois), du tribalisme,
le cliché de la musique urbaine bien pratique pour parler de
titres froids et inquiétants comme une ruelle humide à
New-York. Mention spéciale donc à Intriqués,
AFAIK, Heads Full of Shit qui interpellent. Mais As
Far As I Compute, ce sont aussi des morceaux synthétiques,
vides d'émotions, ennuyeux, trip-hop de papier glacé,
la machine domine et moi je rumine. L'ambiance générale
est au polaire et à un futur incertain. Pas franchement envie
d'entrer dans ce monde mais surveillé, il sera.
Hommes/machines
encore. Ov, le premier disque totalement auto-produit en 2012
de Chaos
E.T. Sexual. Ca sonne comme une sale blague cyborg, une rencontre
entre un Terminator rouillé et une Clara Morgane en skaï
en représentation à la salle des fêtes de Bourg-en-Bresse
un lundi soir. Mais c'est un trio parisien. Deux guitaristes dont un
à la guitare baryton, un autre à la programmation des
rythmes derrière son ordi + bruits, nappes, brouillages sonores.
J'aurais aimé vous dire que tout ça sentait bon Godflesh,
Scorn et autres turpitudes indus-noise scélérates. Je
n'arrive qu'à renifler le produit de synthèse, le chimique,
l'embrouille, cargo de nuit, le groove vu et revu. La machine a gagné,
même les guitares ne tirent qu'un voile glacé d'ennui.
Six titres totalement dénués d'émotions laissant
ma libido à zéro. Avec un goût de vieux dans la
bouche.
Je
préfère me rabattre sur l'Ego Vieux de Gabriel
Hibert. Ce disque n'a pas le statut d'album officiel mais de
démo. Il pourrait pourtant le sortir tel quel, ce disque sonne
largement mieux que la majorité des groupes de cette foutue rubrique.
Travail de pro, travail solo. Un one-man-band, on a de la peine à
le croire. Voix, guitare, basse, batterie, claviers, enregistrement,
mixage, pochette (bon là ok, il aurait pu déléguer),
ce toulousain est en pleine forme. C'est loin d'être parfait mais
c'est ça qui est bon, c'est vivant, chaleureux, un noise-rock
tordu porté par la fougue et l'ivresse. Gabriel Hibert ne calcule
pas, il jongle entre tous les instruments, il envoie valdinguer les
rythmes, chauffe les cordes, ajoute des synthés inutiles, ne
se prend pas au sérieux, déclame des débilités
en français noyées dans le texte sur un chant bancal et
communique son envie. Il serait temps de former un vrai groupe, enquiller
les kilomètres, les concerts et Gabriel Hibert pourrait se faire
un nom.
En
parlant de nom, Barbarian Koala avait dû faire la grève
du neurone le jour où ils se sont malencontreusement appelés
ainsi. Pauvre bête. Un groupe de Limoges sortant un digipack 6
titres, Coming Down With a Crash, pour un metalcore enfilant
autant de clichés que Dillinger Escape Plan enchaîne de
plans différents, osant même une basse slappée sur
Koala Fury (le choix des titres, comme le nom des groupes, c'est
tout un art). Avec une variété de chants horribles (mention
spéciale à celui à moitié growlé
censé faire le grand méchant) et qui en fait des tonnes
à la Mike Patton. En pire (si si, c'est possible). A se taper
sur les cuisses de rire. Tout comme la splendide photo de leur bandcamp
sur un magnifique canapé vert.
Quand
on prononce Orléans et qu'on est un vieux punk avec un minimum
de culture et de la 8.6 à portée de main, on répond
tout de suite Burning Heads. Leur label Opposite
Prod vient de sortir We May Lack Time, But We Don't Waste It
de DevonMiles,
c'est à dire, à la surprise générale, un
disque de noise torturée et haineux entre Flying Luttenbachers
et Dazzling Killmen avec une pointe de Don Caballero dans le chant.
Nan, j'déconne. Qu'est ce que vous voulez que ce soit à
part du punk-rock mélodique ? Certes, la tendance de DevonMiles
berce plus sur l'emo bichonné et bien sous tout rapport mais
bordel, ça m'emmerde toujours autant qu'il y a vingt ans. We
May Lack Time, But We Don't Waste It ? C'est tout à fait
ce que je pense. Suivant.
Miss
Dalloway
trompe son monde en appelant son premier EP Fuzz Raaga. Failli
partir direct en mode freesbee sans retour dans la poubelle. Alors qu'en
fait non, c'est du Nirvana déprimé. Epoque Bleach croisée
avec une approche stoner, un accordage de guitare très très
bas et le fantôme de Kurt Cobain au chant. Du grunge lent, faussement
lourd, profondément cafardeux trouvant son apothéose dans
le dernier des quatre titres, Hand me a sigh. Et le pire, c'est qu'on
ne dit pas non à ce nouveau trio parisien dont on guettera du
coin de l'il les prochaines sorties.
Monoski
a mis un temps d'escargot pour arriver jusqu'en Bretagne. No More
Revelations (Get
A Life), le premier album du duo suisse Monoski, est sorti en mai
2011. Une guitare, une batterie. Un gars, une fille et très peu
de possibilités. Rock minimaliste dont on ne saurait pas loin
de penser que c'est du mononeurone avec une monoidée, un monoriff
et un monorythme pour des menus morceaux et, en fin de descente, un
disque multichiant. Mais ce n'est pas le cas. Les deux premiers morceaux
mettent les pieds dans le plat rock sudiste/stoner à la guitare
grasse, dont le second, Black Lamps, me fait invariablement penser
à ZZ Top, va faire un tour dans le bayou qui est, c'est bien
connu, omniprésent en Suisse, tout comme les déserts à
la chaleur écrasante. Heureusement, Monoski accouche ensuite
d'un excellent Dead Horses. Les chants se mélangent, se
démultiplient, s'envolent, la batteuse sort le violon, on oublie
le sud et le désert, c'est tout aussi répétitif
que précédemment mais Monoski n'oublie pas les mots tension
et fiévreux dans sa montée. Si tout l'album avait été
de ce niveau, No More Revelations n'aurait pas échoué
dans cette rubrique. Alors après, forcément, on écoute
différemment ce disque. Monoski sort de l'ornière stoner
mais sans retrouver la vista de Dead Horses, bricole un piano,
tentent d'apporter des variations, des arrangements différents
et un parfum plus pop (Everybody's going home) avec toujours
ce gros grain de gratte, mais Monoski tombe trop systématiquement
dans le beat primaire et le riff élémentaire. La simplicité
à l'état brute possède son charme mais aussi ses
limites. Monoski, groupe boiteux.
Autre
duo, autre guitare-batterie à l'honneur et autre nouveau groupe,
BenNasr AlGhandour
qui, comme son nom l'indique, vient de Paris. Le EP cinq titres s'appellent
Le Bruit Isole (Diptyique
records). Et rend sourd. Sauf que celui de BenNasr AlGhandour serait
plutôt du genre communicatif et chaleureux. Ce duo naviguerait
dans les eaux troubles des Louise
Mitchels que ça ne m'étonnerait pas mais je m'avance
peut-être. On retrouve en tout cas ce goût prononcé
pour un rock-punk noisy jubilatoire et sans prise de tête, quoique
légèrement intriqué mais niveau compo, c'est encore
jeune et ordinaire, pas de quoi faire exploser les pipelines du noise-rock.
Heartbeat
Parade
nous fait le coup de Microfilm.
Musique instrumentale avec des samples très présents à
la place du chant. L'histoire ne dit pas si ce trio (plus ou moins)
luxembourgeois passe également les images pendant ses concerts.
Heureusement, le post-rock de Heartbeat Parade est autrement plus nerveux,
ne la joue planante sur des contrées désertiques que très
rarement, s'accompagne parfois d'une trompette ou d'un violoncelle et
fait défiler une succession de plans, de contre-pieds, d'arpèges
agiles, de bastonnade pointue, de cavalcades effrénées
à n'en plus finir pendant quinze titres et un album qui parait
interminable. Près d'une heure de ce régime, c'est bien
trop et relativement stérile, sec, ne soulevant guère
d'enthousiasme particulier. Le nom de cet album (sorti sur Whosbrain
et Get A Life)
est Hora De Los Hornos (ou L'Heure des Brasiers en français),
du nom d'un film documentaire politique argentin de 1968.
Les samples sont à l'avenant et crée une émotion
factice. La faim dans le monde, le grand méchant capitalisme,
tous les documentaires engagés de Arte ont dû y passer
pour un disque sponsorisé par la Sacem, le Gouvernement du Grand
Duché de Luxembourg et présent sur tous les réseaux
sociaux possibles et inimaginables de la jeunesse conquérante
qui n'est pas à une contradiction près.
Maintenant
que le chapitre post-rock est abordé, plongeons nous avec délice
dans cette mélasse qui finira bien par cesser d'exister un jour.
Les nouveaux prétendants viennent du Mans et se nomment Climat.
Au moins, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Vas y donc de tes
longues plages instrumentales sur fond de samples, ferme surtout bien
les yeux, n'oublie pas les magnifiques montées, les crescendos
larmoyants, la haute altitude où tu planes de tout ton être
souffreteux et les petites bourrasques de violence qui n'effraieront
que les bourgeoises. S.Abran (Syncope
Management 2012) est le nom de cet album et franchement, si je venais
de cette charmante ville du Mans, j'aurais autrement envie de ruer dans
les brancards. Mogwai a décidément fait beaucoup de mal
à la jeunesse française.
Torquem,
Ansiktet. Ca ressemble à du verlan ou un tirage des Chiffres
& des Lettres mais une fois remis dans l'ordre, c'est le nom d'un
groupe (Torquem) et le nom d'un album (Ansiktet) et mon tout
est un trio en provenance de Paris. L'Elvis Presley de la pochette peut
continuer à être de marbre. Ca ne rock pas du tout là-dedans.
C'est même la musique parfaite pour son enterrement (je parle
du rock). Et si ça peut vaguement se raccrocher du post-rock,
c'est uniquement parce que cet album est constitué de sept plages
instrumentales bien dociles. Torquem tire surtout vers des atmosphères
jazzy avec la présence de cuivres très sages, doucereux
et une atmosphère générale cold et surannée,
limite musique de chambre. C'est propre, soigné (qui a dit pénible
?) et je suis exactement comme Elvis. De marbre. Et dire que Ansisktet
est le premier acte d'une trilogie me fait un petit peu peur.
Peur,
Satellite
Jockey me fait aussi. Mais pas pour les mêmes raisons.
Pensez donc ! De la pop, des noms comme Beatles, David Bowie, Sarah
records, shoegaze, du psychédélisme gentillet, 2001 L'Odysée
de l'espace, Bambi, Portishead qui vous viennent à l'esprit quand
vous écoutez Stars (Another
records 2013). Et en plus, ils sont brestois ! Ils ont dû
se tromper d'adresse, confondre celle de Merde & Tracas avec Magic
ou les Inrocks. Ou alors le Brestois est blagueur en plus d'avoir un
fort penchant pour la tisane.

En plus, Another
records a eu la main lourde et a glissé deux disques dans
le même paquet. Le deuxième est un split 10'' (version
cdr) entre Archipel
et Babe.
Le label, histoire de voler à mon secours, qualifie Archipel
de world-pop et Babe, d'electro-pop. Vous voyez d'ici le sourire béat
d'un bonheur sans limite se dessiner sur mon visage amaigri devant une
telle consécration. Je ne sais pas si l'opération chirurgicale
du chanteur d'Archipel est terminée mais j'ai mal pour lui. Quand
à l'opération de Gerard Black, alias Babe et membre de
François and The Atlas Mountain, elle s'est parfaitement déroulée,
Jimmy Somerville a trouvé à qui parler.
L'Homme
Puma
sont des anciens pensionnaires de la catégorie post-rock instrumental.
Une catégorie qui n'a pas que des amis ici mais il eut fallu
encore mieux qu'il n'en change pas plutôt que de sombrer corps
et âme dans l'electro-pop. Leur nouvel album Bandanascope,
produit par le groupe electro Bosco, est donc une pure merveille de
synthétiseurs dernier cri, de vocoder, d'un sample pertinent
de Britney Spears, de mélodies altières, de rythmes tourmentées
jusqu'à l'extase et d'un doigt, le mien et le majeur en l'occurrence,
qui se lève pour appuyer sur la touche stop du CD player avant
qu'un virus ne contamine définitivement ma chaîne ultra
haute technologie qui ne supporte pas la merde.
Dans
la catégorie merde qui se cache, le groupe italien Aedi
est appelé à la barre. Produit par Alexander Hacke (Einsturzende
Neubauten), j'ai cru un très court instant touché le saint
Graal, la porte grande ouverte sur la sensation de demain, un monde
meilleur où tout le monde se promènerait en soutane, alors
que non, ça craint un max. Merci donc à la chanteuse de
se prendre tour à tour pour Kate Bush, Enya, Sinead O'Connor,
Mike Patton, Romy Schneider et une tête à claque. Qui rime
(enfin presque) avec Ha Ta Ka Pa (Gusstaff
records 2013), album rococo-baroque à l'originalité
suprême comme un défilé chic et follement dingue
de Jean-Paul Goude.
Perte
et Fracas, bonjour. Te voici en possession du 1er album de Chromb!,
autoproduit avec les mains. Te sachant amateur de musiques déviantes
(dans le sens christique du terme), on s'est dit que tu l'apprécierais
peut-être
peut-être même jusqu'à le chroniquer
Dont acte. Ne croyez pas pour autant, cher Chromb!,
que j'apprécie votre musique. C'est une conscience professionnelle
aigue et le sens de l'exhaustivité qui dictent ma plume. Sans
oublier votre allusion à la religion à laquelle je suis
très sensible. Déviante, pour sûr, votre musique
l'est. Du rock sans guitare comme vous mentionnez ou du jazz qui rock,
c'est toujours un peu bizarre. Cependant, loin de moi la volonté
de taxer votre musique de l'affreuse étiquette jazz-rock. Car
elle se permet bien des emprunts et des détours. Tellement qu'on
s'y perd, parfois, souvent, trop. Ce qui ne l'empêche pas de retomber
sur ses pattes qu'elle a un peu folle et de prendre ainsi du plaisir.
Notamment tous ces passages où vous jouez la carte de la sobriété
plutôt que les envolées lyriques, empilement de piano,
synthés, vocoder, bidouilles electro entraînant un esthétisme
prog-rock sous-jacent irritant violemment mes croyances, sans oublier
ce coté volontairement absurde, voir gentiment débile.
Votre disque m'agace donc autant qu'il séduit ou surprend. Je
vous remercie néanmoins pour cet envoi. Maintenant que vous connaissez
l'adresse, je serais content d'avoir de vos nouvelles.
Post-scriptum : vous féliciterez pour moi Benjamin Flao pour
les très belles illustrations.
Caravaggio
aime également toucher à tout et il serait très
réducteur de les taxer de jazz-rock. D'ailleurs, chez ces gens
là, on ne parle pas de rock mais de musique amplifiée,
on ne dit pas influence mais codes empruntés, langage musical
mais grammaire et #2 n'est pas un album mais un opus réalisé
par le label La
Buissonne. Chez le groupe, pardon, le meta-instrument Caravaggio,
ça sent le diplôme et les grands prix, les conservatoires,
les beaux-arts, l'IRCAM, la Villa Medicis par lesquels les quatre musiciens
de Caravaggio sont passés et bien plus encore dont je ne soupçonnerais
même pas l'existence. Et toutes ses belles décorations
se ressentent dans leur musique. Une musique très cérébrale,
pensée et composée jusqu'à effacer toutes émotions,
tellement parfaite qu'elle en devient chiante comme la mort. Télescopage
et superposition gratuite de couches de rock et surtout prog-rock, d'abstraction,
de seventies, de musique contemporaine, de traitement électroniques,
de jazz, de recherche d'atmosphères planantes où ne survole
que l'ennui, une musique de vieux qui essaye de faire jeune. Heureusement
que le Grolektif ou les différents groupes de Carton records
sont là pour montrer qu'en matière de rencontre de rock
et de jazz (pour faire simple), il est possible de faire une vraie musique
vivante, énergique et belle sans être absconse et vaine.
Question
déviance, Chromb! et Caravaggio apparaissent pourtant comme de
petits joueurs face à Nu Creative Methods, duo composé
de Pierre Bastien
et Benjamin Pruvost à la fin des années 70. Music
à la Coque, label italien qui a fait de la déviance
musicale sa religion, réédite Superstitions, album
uniquement sorti en cassette par ADN Tapes en 1984, plus un inédit.
Sous le prétexte que c'est du Pierre Bastien, un certain nombre
d'élus vont crier au génie, se gausser de cet enregistrement
remâââârquable, sortir des théories fumeuses
à propos de cet avant-gardiste plus à l'avant que les
avant-gardistes. Mais franchement, se taper cette demi-heure de cacophonie
exécutée par des toy piano, xylo drums, hunters harp lute
dosso ngoni (??), alto tam sax tam, alarm clock, cornet et électrique
guitare (mon dieu, quelle banalité !) jouée avec les dents
en sifflotant me donne furieusement envie d'écouter les Ramones.
Vous avez aussi le droit de prendre ça pour de la grosse branlette.
Izah
persiste et signe.
La Hollande, ce pays vert fluo qui suce des Esquimaux, dans le bleu
de la nuit sur les canaux, a le droit aussi à l'erreur et ça
fout les glandes. Izah aime son hardcore bucolique et messianique. Les
dix minutes de son Antagonized rime surtout avec merdique. Dans
ses bagages qu'on appelle split (Rising
Magma 2012), Izah a amené Fire
Walk With Us, autres petits hommes verts. Non seulement Fire Walk
With Us n'a pas apporté la lumière de l'indicible à
Izah, mais il a fait la douloureuse erreur de ne pas avoir senti le
vent tourné depuis des lunes et de se retrouver cramé
par deux titres d'un hardcore instrumental daté et ressemblant
à feu de broussailles d'une effroyable banalité. Fire
Walk With Us mais surtout devant toi, amis bataves.
Le
doom. T'as dit ça, t'as déjà presque tout dit.
Herscher
est un duo basse-batterie et voix de Clermont-Ferrand, Pursuit
le nom de leur second EP 6 titres (No
Way Asso et Histrion
records) et le fait d'avoir enregistré cette entité
pseudo-satanique chez le grand manitou suisse Serge Morratel ne change
pas grand chose à l'affaire. Il se passe autant d'événements,
le suspens est aussi haletant que dans un épisode de l'inspecteur
Derrick. D'ailleurs une bande-son doom pour ce bon vieux facho pourrait
être très rigolo. Excepté pour le quatrième
titre Pursuit où enfin de l'action se met en branle, titillant
légèrement les plates-bandes de Godheadsilo, c'est lent,
c'est lourd (et encore), c'est répétitif, mets ta capuche,
c'est du gentil doom.
J'éprouve
de la tendresse pour Mulan Serrico. Comme pour un petit vieux
tout chancelant qu'on croise dans la rue et qu'on sait qu'il va crever
demain. Mulan Serrico sait aussi que c'est foutu d'avance mais il y
va quand même. Des chansons toutes pourries, toutes dégonflées,
qui sont ce que la chanson française a connu de mieux depuis
La Chanson du Dimanche. En plus morose. Beaucoup plus morose. Mulan
Serrico, anagramme de Nicolas Murer, Drosofile
passionné et qui a la Gueule
Ouverte, a sorti en 2011 sur son label Stochastic,
un album nommé Dauphin. J'aime bien les dauphins. Le pire,
c'est qu'il continue.
The
Nes Nation
sont jeunes, sont beaux, sont normands, nouvelle chair fraîche
sur l'autel du rock ou, pour être plus exact parce là ça
sort de mon domaine de compétences, un rock énergique
influencé pop. Sur la base de tempos entraînants, The Nes
Nation associe une assise décidée à des airs mélodieux.
Ou alors un rock étatique, The Nes Nation bénéficiant
dans le cadre d'un soutien aux musiques actuelles, de l'aide du conseil
régional et de la direction régionale des affaires culturelles
de Basse-Normandie, des conseils généraux du Calvados,
de la Manche et de l'Orne. Font-ils pour autant une musique plus mauvaise
qu'un groupe non subventionné ? Non, sans doute pas mais j'adore
relever ce genre de détails d'un rock qui a perdu sa dimension
rebelle depuis très longtemps et qui continue de creuser sans
se cacher. Et puis faut bien meubler parce que je n'ai rien d'autres
à dire sur cette musique pop-rock très propre sur soi.
Je
me souviens d'une anecdote des boss de Sub Pop qui avait décidé
d'aller jeter un il sur un groupe français lors d'un festival
en Europe pour mieux se foutre de la gueule de nos compatriotes rockers
en général qui n'avaient franchement pas bonne réputation
à l'époque. Ce groupe, c'était les Thugs et quelques
mois plus tard, Les Thugs signaient chez Sub Pop. Sans doute devaient
ils s'attendre à tomber sur un groupe comme les Wendy's
Surrender car là, effectivement, ya matière à
faire du french bashing. En 1990, le punk-hardcore mélodique
de ce groupe de Besançon aurait déjà eu l'air anachronique
et mal fagoté. En plus, en mettant le sample d'un dialogue de
C'est arrivé près de chez vous et la recette du petit
Grégory, on touche le fond (si je puis dire) en matière
de clichés sur ce Hold on for Victory.
Ou
alors pire, ils auraient pu tomber sur God
is Gay. Je tiens d'ailleurs à présenter toutes
mes excuses à Api Uiz et la famille des Potagers Natures. J'avais
malencontreusement mentionné leurs noms lors du premier album
des bordelais de God is Gay. Je ne peux imaginer un seul instant que
Api Uiz & Co se cachent ou gravitent, de près ou de loin,
derrière le deuxième album Tourne pour rien (Salle
d'attente de l'Amour 2012). J'ai d'abord crû à une
blague mais non, ça m'a l'air tout ce qu'il y a de plus sérieux.
Electro-pop fadasse (pléonasme) et variétoche dont la
grandeur des paroles atteignent le degré de philosophie de Boule
de Flipper par Corynne Charby pour la bande-son de Plus Bête
la Vie.
Ca creuse
toujours au fond de la mine et ce n'est pas près de finir.
Tête
de Gondole (08/07/2013)