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Bitter Branches
Let’s Give The Land Back To The Animals – LP
Equal Vision records 2026

Le risque avec les groupes de vétérans qui ont de multiples projets et qui n’avaient pas fait de Bitter Branches une priorité, c’était que Bitter Branches s’arrête du jour au lendemain sans prévenir et ne jamais pouvoir entendre une suite à Your Neighbors Are Failures. Non seulement le groupe de Philadelphie a réussi à publier un deuxième album mais je crois bien qu’il est encore meilleur que le précédent qui tâtait déjà l’excellence.
Quatre années séparent les deux disques. Mais il n’est même pas possible de dire que Bitter Branches a pris son temps pour affûter ses outils et peaufiner le tir puisque la musique a été enregistrée dans la foulée, dès septembre 2023 (par J Robbins). Par contre, il a fallu attendre la période de mars à mai 2025 pour que le chant soit mis en boite, une fois que Tim Singer avait fini le travail avec Deadguy qui avait sa primauté.
Les fondamentaux restent identiques. Noise-rock et hardcore au couteau. Tim Singer, infatigable comme au premier jour qui remonte pourtant à loin, la colère intacte chevillée au corps, qui aboie sur son amour de la race humaine, à tel point qu’il demande qu’on refile la terre aux animaux. Let’s Give The Land Back To The Animals est une charge sauvage et primitive sur laquelle l’ombre de Jesus Lizard plane avec insistance et bienveillance. Dans les plans rythmiques, les riffs aussi pénétrants que lumineux, je n’arrête pas d’entendre rôder les rois de Chicago, leur susurrer à l’oreille une inspiration que Bitter Branches a su heureusement fondre dans son moule à l’essence plus hardcore.
L’espace est plus grand chez Let’s Give The Land Back To The Animals. Le geste est plus épuré, va à l’essentiel. Ces vieux briscards n’ont pas besoin de superflu pour faire mal. L’agressivité n’en est que décuplé. La violence brutale et intraitable. Ça présage bien des malheurs. Précis et redoutable. Un groupe dans la retenue, la sourde tension, la froide explosion implacable qui laisse en lambeaux, joue avec les nerfs, torture l’urgence. Avec encore plus d’étincelles mélodiques qui éclairent les compos comme sur la fin de 7-11 ou sur Cave Dwellers, de la part de deux guitaristes (Matt Ryan et Kevin Sommerville) particulièrement en verve. Derrière, la batterie est puissante, sans un coup de trop et claque sévère. La basse est lourde et agile. Le groove est incessant avec un minimum de débauche. Ce qui fait que chaque compo respire la simplicité et est d’une incroyable efficacité sans que cela paraisse, insufflant continuellement des idées brillantes pour magnétiser l’auditoire. De Rat Poison en passant par Posture Contest jusqu’au deux derniers titres plus sinueux et recherchés, les superbes Fine Powder et le poignant et intense Here Comes The Chisel, Bitter Branches incruste durablement dix énormes morceaux. Et il faudra sûrement s’en contenter, un troisième semblant plus qu’improbable, s’en repaître inlassablement jusqu’à ce que les animaux reprennent le pouvoir.

SKX (30/04/2026)